LIVRE XII
Bologne. Alphonse d’Este, voyant ses Etats envahis, alla demander grâce au pape et fut à peine protégé par un sauf-conduit. Maximilien Sforza, fils de Ludovic, rentra dans Milan et fut réintégré dans son duché, à condition de reconnaître la suzeraineté de l’empereur, de céder au pape Parme et Plaisance, aux Vénitiens ce que les Français leur avaient pris, et aux Suisses la Valtelinc. A Gênes, Giano Frégoso, envoyé par le pape, pénétra dans le port, chassa les Français, se fit proclamer doge, prit le fort de la Lanterne, et fit reconnaître par les alliés la république de Gènes (21 juin 1512). Les Français n’avaient plus un pouce de terre en Italie.
La chute de la république de Florence fut la dernière conséquence de l’expulsion des Français. Les deux Médicis, Julien et Jean, frères de Pierre, tué en combattant les Français, offraient de bien payer leur restauration. Raymond de Cardone, à la tête de cinq mille piétons espagnols, marcha sur Florence. Le gonfalonier se défendit par des paroles plutôt qu’avec des armes ét de l’argent; l’Espagnol emporta Prato d’assaut et y fit le carnage le plus atroce. Quelques jeunes gens riches et dissolus de la Société des jardins de Buccellaï, profitant de la terreur répandue par cette nouvelle, s’emparèrent de la seigneurie , forcèrent Soderini à fuir, et ouvrirent les portes. Reçus d’abord comme citoyens, Julien et Jean agirent promptement comme maîtres, et créèrent une balie qui leur rendit le pouvoir échappé à leur famille depuis dix-huit ans (1er sept. 1512).
Jules II se laissa aller à toute l’exaltation du triomphe. Il commanda à Michel-Ange un tombeau, monument véritable, où les statues de saint Paul et de Moïse lui paraissaient seules dignes de protéger ses cendres; il se fit remettre par Bramante les plans de l’Église Saint-Pierre, qui devait élever à deux cents pieds dans les airs le dôme du Panthéon d’Agrippa. Vainqueur des Français, il se croyait le maître de l’Italie. Déjà, par un nouveau revirement politique, il promettait son concours à Maximilien pour commencer avec lui contre Venise l’expulsion des
Espagnols du royaume de Naples. Get empire restauré, il ne le craignait pas. Il ne mettait point de scrupules à proclamer l’ancienne loi impériale, à déterrer, à ranimer ce vieux droit oublié depuis quatre siècles. Encouragé par la faiblesse connue de Maximilien, il pensait ne relever qu’un fantôme qu’il dominerait aisément, et l’Italie, écrivait-il à son frère le cardinal, allait enfin n’avoir qu’un seul maître, le pape, lorsqu’il mourut subitement (21 février 1513) à la suite de ses fatigues; grand homme sous la tiare, s’il n’avait sacrifié souvent le pontife à l’Italien, l’Italien au souverain temporel, et s’il n’avait compliqué ses plans de chimères d’un autre âge , qui tournèrent au détriment du saint-siège et de l’Italie !
le pape Léon X. et son siècle ; marlgnan ; lettres et arts
« Autrefois », dit Machiavel en parlant du pouvoir temporel du saint-siège à l’époque où nous sommes arrivés, « il n’était si petit baron qui ne méprisât la puissance pontificale; aujourd’hui un roi de France a du respect pour elle. » Les cardinaux, pour mettre le comble à la restauration pontificale commencée par Jules II, lui donnèrent pour successeur le maître de Florence, Jean de Médicis, qui prit le nom de Léon X (II mars 1513). C’était mettre entre les mains du nouveau pape tout le centre de l’Italie. Mais le fils du magnifique Laurent, l’élève adulé du philosophe Marcile Ficin et du poète Politien, n’avait ni la haute ambition ni la mâle énergie de son prédécesseur.
Louis XII renvoyait alors la Trémouille en Italie et traitait pour la reprise du Milanais avec les Vénitiens, désireux de se venger du saint-siége après s’être relevés par son appui. Léon X resserra d’abord son alliance avec Maximilien, Henri VIII d’Angleterre et Ferdinand le Catholique à Malines. Les Suisses à sa solde au nombre de dix mille descendirent tout à coup des Alpes, livrèrent bataille à la Trémouille près de Novare, enlevèrent l’artillerie de front à travers une grêle de boulets, abordèrent les Fran»