‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 172 sur 338 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

çais l’épée à la main et les expulsèrent avec perte de huit mille hommes (6 juin).

Encouragé par le succès, Léon X parut suivre la politique de Jules II. Il fit attaquer la France et jeta sur Venise son allié l’empereur Maximilien et les Espagnols. Mais le but auquel il sacrifiait une puissance italienne fut bien moins élevé. Il avait donné Parme et Plaisance à son frère, Julien; Laurent, son neveu, fils de Pierre, était pourvu définitivement de Florence. Il voulait aux dépens de Venise pourvoir ses autres neveux. Le territoire vénitien fut de nouveau envahi comme au temps de la ligue de Cambrai; Raymond de Cardone conduisit son armée jusqu’au bord des lagunes, et envoya des boulets jusque sur le couvent de San Secondo. Barthélemy d’Alviano fut obligé de s’enfermer dans Padoue. Affligée cependant par un incendie qui consuma un de ses plus riches quartiers, abandonnée par Louis XII qui cédait en voyant les Allemands à Guinegate, les Espagnols dans la Guyenne, les Suisses dans la Bourgogne, Venise eût succombé peutêtre à ce dernier ressentiment de la ligue de Cambrai, si François Ier, monté sur le trône (janvier 1515), n’était venu la délivrer.

Le jeune roi s’était relevé en attirant dans son alliance le roi d’Angleterre Henri VIII et le maître des Pays-Bas Charles d’Autriche, petit-fils de Maximilien. LéonX et ses alliés ordonnèrent aux Suisses et à quelques Espagnols, commandés par Prosper Colonna, d’occuper les passages du mont Genis et du mont Genèvre, par où débouchaient ordinairement les armées de France. Leur étonnement fut grand lorsqu’ils apprirent que François I“r s’était frayé une voie par d’impraticables passages à travers le col d’Argentières, avait surpris Prosper Colonna à Villefranche et s’avançait à la tête de trente mille hommes. Cette invasion subite bouleversa tout leur plan de défense. Raymond de Cardone, surveillé sur l’Adda et le Pô par Barthélemy d’Alviano, était coupé des Suisses. Ceux-ci seuls et obligés de se replier sur Milan n’étaient pas éloignés de traiter et sc disposaient déjà à abandonner le Milanais pour

soixante mille ducats. L’arrivée de vingt mille de leurs compatriotes leur rendit un instant courage. Excités par le cardinal Mathieu Schinner, ils voulurent faire coup double, enlever l’argent qu’on leur conduisait à Buffaloro et attaquer l’armée française campée à Marignan, entre Milan et Plaisance. Ils trouvèrent l’argent en sûreté et l’armée française rangée en bataille. Sans se déconcerter ils acceptèrent les conséquences de leur mauvaise foi et de leur rapacité. C’était deux heures avant la nuit (13 septembre). Les Suisses se jetèrent comme à l’ordinaire, piques baissées, sur l’artillerie que défendait le roi de France en personne ; elle fut plusieurs fois prise et reprise. Après avoir combattu pendant quatre heures à la clarté de la lune, les deux armées engagées l’une dans l’autre posèrent les armes de lassitude. François Ier passa la nuit sur l’affût d’un canon, le chevalier Bayard eut grand’peine à se dégager d’un groupe d’ennemis. Le lendemain les Suisses recommencèrent l’attaque avec un nouveau courage; mais ils étaient partout repoussés, lorsqu’ils entendirent le cri de San Marco des Vénitiens. Craignant d’être enfermés entre deux armées, ils reformèrent leurs bataillons et reprirent en bon ordre le chemin de leurs montagnes. Ils laissaient douze mille morts en Italie.

La victoire de Marignan eut d’immenses résultats. François I" reprit tout le Milanais dont le duc, Maximilien Sforza, fut envoyé en France, et recouvra Gênes dont le doge prit le titre de gouverneur pour la France. Le vainqueur dicta la paix à son gré et avec assez de modération. Les Suisses abandonnèrent tous leurs bailliages italiens dans les Alpes, reconnurent François I*r comme duc de Milan et firent avec lui un traité appelé paix perpétuelle, par lequel ils s’engageaient à lui fournir, à lui et à ses successeurs, tous les soldats qu’ils pourraient payer. Le pape Léon X, selon son expression même, se jeta dans les bras du roi à Bologne, et renonça à Parme et à Plaisance, à la seule condition de faire ce qu’il voudrait dans la Romagne et la Marche pour ses parents. Maximilien luimême, le dernier à renoncer à ses prétentions comme le

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