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LIVRE XII

plus incapable de les faire valoir, adhéra aussi au traité et cessa les hostilités contre la république de Venise, qui recouvra son ancien territoire, moins Crémone et quelques petits territoires gardés par les Français.

Guéri d’une haute ambition qui n’était point à sa taille, Léon X retourna à la politique de famille et aux loisirs délicats qu’il aimait.

Julien était mort en 1516; Laurent avait une position politique suffisante dans Florence ; mais Jules de Médicis et Hippolyte, autres neveux du pape, fils naturels des fameux Laurent et Julien, étaient encore à pourvoir. Le duc d’Urbin, seul grand feudataire encore indépendant, en fit les frais. Léon X l’attaqua à l’improviste, s'empara de sa capitale, et le réduisit à se retirer à Mantoue avec son artillerie et sa bibliothèque. Quelques cardinaux se refusèrent à consacrer cet acte de népotisme ; l’un d’eux surtout, Alphonse Pétrucci, dont les deux frères avaient aussi été expulsés de Sienne par le pape, exprima plus haut son mécontentement, et forma peut-être avec quelques autres, Riario, Soderini, Sauli, le complot d’empoisonner Léon X. Le pape, averti ou soupçonneux, attira Alphonse Pétrucci à Rome avec un sauf-conduit, le fit arrêter avec ses complices et juger. Des scènes violentes eurent lieu au sein du consistoire pour obtenir la dégradation de cinq cardinaux, qui furent soumis à la torture ; Alphonse Pétrucci, malgré les prières de ses collègues, fut condamné à mort et étranglé, les autres jetés en prison ou taxés à des amendes énormes. Mais la résistance que Léon X rencontra fut telle que, pour forcer la main à son conseil et peutêtre aussi relaire ses finances épuisées, il créa en une fois trente et un cardinaux qui ne lui marchandèrent pas la nomination de son neveu au duché d’Urbin.

Le dévouement de Léon X à la cause de la renaissance couvrit ces violences. La littérature et les arts ne pouvaient plus guère fleurir qu’au pied du Vatican. Les guerres du Milanais et de Naples, les révolutions de Florence, les violentes catastrophes d’Urbin, la cour de Ferrare entre l’ambition française et l’ambition pontificale, Venise enfin

ruinée sur terre par la ligue de Cambrai, sur mer par l’arrivée des Portugais aux Indes, ne laissaient plus un asile aux études et aux travaux de la paix. Léon X s’efforça de réunir à Rome, comme en un faisceau, les savants, les lettrés, les artistes, et mit à leur disposition toutes les ressources et tous les encouragements. C’était assez que le vainqueur de Marignan eût emmené en France, comme un trophée, Léonard de Vinci et le Primatice.

Sous la protection du pape, Lascaris et Marc Musuro, avec dix jeunes Hellènes, fondèrent, à Rome, un collège et une imprimerie pour l’enseignement et la propagation de la littérature grecque. L’université latine, relevée, compta plus de cent professeurs des plus remarquables de toute l’Italie. Béroalde le jeune, mis à la tête de la bibliothèque vaticane, rassembla les plus rares manuscrits.

Celui qui eut la gloire de donner son nom à son siècle ne fit cependant que réveiller ce goût pour l’érudition antique qui transforma trop souvent la littérature en un art d’imitation servile ; il encouragea ces productions admirables dans la forme, mais au fond superficielles et frivoles, qui signalent une époque de faiblesse morale. Dans les innombrables exemplaires des originaux anciens, on apprit à connaître le véritable Aristote. On secoua, grâce à la lecture de Platon édité à Venise, l’autorité de l’oracle du moyen âge ; mais on ne créa point une philosophie. On emprunta des historiens anciens l’art de grouper les faits et de les couper par des discours de convention à la manière de Tite Live ; l’Italie ne trouva ni son Hérodote ni son Tacite. On découvrit la géographie dans Ptolémée, la botanique dans Dioscoride, la médecine dans Galien et dans Hippocrate ; ces sciences ne firent aucun progrès. On s’ingénia surtout à jeter l’inspiration poétique dans le moule antique, mais il n’y eut point d’élan spontané, point d’indépendance, point d’originalité ; tout au plus ces qualités se firent-elles jour dans les œuvres comiques et légères qui contrastaient avec la gravité des circonstances ; rien ne naquit, comme au temps de Dante, des profondeurs du génie et de la nationalité de l’Italie.

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