‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 176 sur 338 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

moment de prendre une résolution courageuse. » Léon X, après avoir traité trop légèrement l’affaire de Luther, en est effrayé outre mesure. Au moment où il fallait se garder de l’empereur, il se jette dans ses bras. D’abord il s’était opposé de toutes ses forces à une candidature dont le succès était si dangereux pour le saint-siège et l’Italie. Gharles-Quint élu, il suspend la vieille loi qui interdisait la réunion de la couronne et du trône de Naples, pour obtenir la condamnation de Luther à Worms; et il s’allie même avec le nouvel empereur-roi pour chasser les Français du Milanais et y ramener un Sforza. Il livre l’indépendance de l’Italie pour sauver l’unité de l’Église. Faux calcul ! L’empereur était politiquement intéressé au maintien de la foi, et, s’il était impuissant à étouffer un schisme que le pape eût plutôt conjuré par d’opportunes concessions, l’Italie devenait à coup sûr esclave, et le saint-siège dépendant, sans aucune compensation. Jules II n’avait voulu relever qu’un fantôme dans Maximilien, Léon X rend à l’Italie un maître dans Gharles-Quint.

Satisfait de la promesse de Parme et de Plaisance pour prix de sa coopération, se réservant le chimérique espoir de chasser Charles-Quint lui-même, après avoir chassé avec lui les Français, le pape prépara avec la plus grande activité cette guerre si funeste à l’Italie. Il fomenta luimême un soulèvement parmi les Milanais; Jules de Médicis, maître alors de Florence, attaqua Gênes ; le marquis de Pescaire et Prosper Golonna, à la tête d’une armée composée d’Italiens, d’Espagnols, d’Allemands et de Suisses, entrèrent sur le territoire de Parme, tandis que le vieil ennemi des Français, le cardinal de Sion, Mathieu Schinner, à la tête des Suisses, descendit les Alpes. Abandonné de François Ier que Gharles-Quint occupait sur le Rhin et les Pyrénées, n’ayant pas l’argent nécessaire pour solder ses Suisses, secondé seulement de Venise et du duc de Ferrare, le gouverneur du Milanais, Lautrec, perdit Parme, la ligne de l'Adda, et fut un matin, le 19 novembre, surpris en trahison dans Milan par l’armée ennemie. Il n’eut que le temps de s’échapper sur le territoire vénitien,

et laissa la capitale du Milanais, Plaisance et Parme, au pouvoir des armées du pape et de l’empereur. Léon X mourut (1er décembre) au milieu de la joie d’un triomphe qui devait coûter si cher à l’Italie.

Adrien VI, bataille de la Bicoque ; clément VII, bataille de Pavle; prise de Borne (lttl-lSt>).

Cette mort porta un nouveau coup à l’Italie. Le conclave lui-même, sous le coup de conspirations formées à Florence, à Urhin et à Pérouse, poussa à l’excès la politique de Léon X, et éleva au pontificat Adrien d’Utrecht, l’ancien précepteur de Charles-Quint (janvier 1522). Adrien VI, d’origine flamande et absolument étranger à l’Italie, était, par la gravité de son esprit et l’austérité de ses mœurs, la critique vivante de Léon X ; mais ce choix était en même temps comme la sanction de la politique du dernier pontife.

Pendant l’absence du pape, encore à Utrecht au moment de son élection, Prosper Colonna, poursuivant seul la guerre au nom de son maître, malgré la rentrée du duc de Ferrare dans sa capitale et de Lautrec dans le Milanais, tenait bon dans la position de la Bicoque où il s’était fortifié. Les Suisses de Lautrec firent bientôt l’occasion belle au général espagnol en demandant impérieusement argent, congé ou bataille. Lautrec les conduisit (mai 1522) sur la Bicoque. Arrivés en face de l’ennemi, ils attendirent à peine que toute l’armée fût en ligne, se précipitèrent pour enlever l’artillerie espagnole par un chemin creux, où ils furent broyés sans pouvoir se défendre et essuyèrent une défaite complète. Lautrec ne pouvant plus tenir la campagne repassa en France. Gênes et les dernières villes qui étaient au pouvoir des Français se rendirent aux Impériaux. L’Italie put juger des bénéfices de cette guerre, que Léon X croyait avoir entreprise pour son salut, et que sa mort avait laissée à la charge des Espagnols.

Prosper Colonna fit bientôt sentir que lui seul avait vaincu : le commerce de la riche ville de Gênes fut frappé

Page 1