‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 177 sur 338 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

pour longtemps; un descendant des Sforza, François, fut ramené dans le duché de Milan, mais sans en recevoir l’investiture; instrument de Prosper Golonna, il ne put même protéger ses sujets contre les exactions et les pilleries des chefs et des soldats qui s’étaient répandus dans son duché. Prosper Golonna n’écouta ses plaintes que lorsque le Milanais ruiné ne put plus nourrir ses troupes ; il passa alors dans les États de l’Église où il permit à ses soldats les mêmes excès. On réclama; le vice-roi de Naples, Lannoy, frappa des taxes sur tous les États pour l’entretien des troupes espagnoles et impériales : vingt mille ducats par mois sur le duché de Milan, quinze mille sur Florence, huit mille sur Gênes, cinq mille sur Sienne, quatre mille sur Lucques.Les Espagnols faisaient payer à l’Italie le prix de son asservissement.

Adrien VI n’était pas homme à remédier à ces maux. Ce pape intègre faisait passer le pontife avant le souverain. Dès son arrivée, il rendit ses domaines au duc de Ferrare, moins Modène et Reggio, son duché d’Urbin à François de la Rovère, et tenta de faire la paix entre les deux rivaux, pour tourner leurs armes contre les Turcs, qui venaient prendre Rhodes, et pour travailler à la réforme de la cour pontificale et de l’Église. Les Italiens prirent son abnégation politique pour de la trahison, son zèle religieux pour de l’envie, son austérité même pour de la barbarie. Ils crurent voir l’étranger en personne intronisé dans le sanctuaire même de l’Italie, et ils ne l’appelèrent plus que le pontife barbare, il barbaro pontefice.

Persuadé bientôt par la pratique des affaires que le pontife souverain ne pouvait rester étranger à la politique, et effrayé des obstacles qu’il rencontrait partout, Adrien VI s’abandonna tout entier à son ancien élève, et fit prêter, le 31 août 1523, à Rome, par tous les États italiens, le serment de défendre l’Italie, c’est-à-dire de la conserver à l’empereur Gharles-Quint. La mort de ce pape, honnête, mais faible, arrivée le jour même où le Français Bonnivet passa le Tessin, fut saluée à Rome avec une joie indécente que la personne du pape ne méritait pas.

Le conclave lui-même parut prendre courage et revenir sur la politique impériale en donnant pour successeur à Adrien VI Jules de Médicis, qui prit le nom de Clément VII. Celui-ci s’était toujours montré l’ami de l'empereur-roi; il avait jeté Léon X dans son alliance, et poussé au saint-siège Adrien VI. Mais Médicis était Italien, maître de la république de Florence, doublement intéressé à l’indépendance de la péninsule. On pouvait espérer qu’il verrait l’abîme où l’alliance impériale menaçait de jeter le saint-siège et l’Italie.

Dans les premiers jours de son pontificat, Clément VII resta fidèle à la politique qu’il avait conseillée comme cardinal. Satisfait d’assurer le gouvernement de Florence à ses jeunes parents Hippolyte et Alexandre, il continua à soutenir Gharles-Quint de ses troupes et de son argent.

Mais les nouveaux revers des Français commencèrent à lui ouvrir les yeux. Le vice-roi de Naples, Lannoy, successeur de Golonna, avec de nouveaux renforts, le connétable de Bourbon, passé sous les drapeaux de l’empereur, avec six cents lansquenets, battirent Bonnivet à Biagrasso, Bayard à Rebecco, et les rejetèrent sur la Sesia. Blessé lui-même, Bonnivet laissa le commandement à Bayard, qui protégea la retraite jusqu’à ce qu’il tombât mortellement atteint ; les villes d’Alexandrie, de Lodi, les seules qui restassent encore au roi de France, ouvrirent leurs portes aux alliés (1524).

Cette victoire était trop complète. L’empereur-roi, sur le conseil de Bourbon, passait déjà les Alpes pour attaquer François Ier chez lui et conquérir la Provence. Clément VII commença à revirer. Pour la première fois il parla de paix à Charles-Quint, comme il convenait, disaitil, au père commun des fidèles. La prompte apparition sur les Alpes de François Ier, vainqueur sur son territoire, rejeta le pape et les États Italiens, sinon dans le parti de l’empereur, au moins dans l’indécision. En voyant le roi de France descendre les Alpes, entrer dans Milan derrière l’armée de Charles-Quint désorganisée, et mettre le siège devant Pavie, le pape et les Vénitiens, incertains, conclu-

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