LIVRE XII
rent avec François I" un traité de neutralité qui garantit leur territoire. Seuls, les Italiens du parti de la liberté, le duc de Ferrare, les volontaires guelfes de la Toscane, se joignirent au duc d’Albany, qui, à la tête de dix mille gens d’armes français, se dirigeait déjà sur Naples; à l’approche de celui-ci, ie parti angevin remua dans les Abruzzes. Mais le connétable de Bourbon redescendit bientôt les Alpes avec un renfort de lansquenets, rallia Lannoy et marcha sur les lignes de siège de François Ier.
Le roi était obligé de livrer bataille entre l’armée ennemie et la ville de Pavie, commandée par un homme déterminé, Antonio de Leyva. Tous les généraux étaient d’avis qu’il levât son camp. Bonnivet persuada au roi qu’il ne devait pas reculer, et François I*r laissa les ennemis s’emparer des plus avantageuses positions. Le 25 février (1525), il engagea le combat pour ne pas lever le siège. Son artillerie fit d’abord merveille, mais bientôt il la masqua en se jetant à la tête de sa gendarmerie au milieu de l’armée ennemie ; les arquebusiers espagnols le reçurent avec un feu nourri qui jeta le désordre parmi les siens. Au milieu du combat, Antonio de Leyva fit une sortie, les Suisses soldés lâchèrent pied pour la première fois; tout l’effort du combat se porta autour du roi qui, après avoir vu tomber sa plus brillante noblesse, fut obligé de remettre son épée et de se constituer prisonnier entre les mains de Lannoy. La France perdit son roi ; l’Italie, beaucoup plus, sa liberté.
Tandis que la reine-mère, régente de France, traitait de la rançon de son fils transporté en Espagne, les généraux de Gharles-Quint mirent le pays à la discrétion de leurs troupes qu’ils ne payaient pas. Clément VII et Venise offrirent 20 000 ducats pour qu’on retirât les troupes de leur territoire; les généraux reçurent l’argent sans satisfaire aux conditions promises, levèrent de nouvelles contributions sur tous les États indépendants, autorisèrent toutes les déprédations à Milan, à Pavie, à Parme et à Plaisance, et frappèrent sur Venise une nouvelle taxe de 100 000 ducats.
L’excès du mal ranima cependant une dernière étincelle de patriotisme dans l’Italie sur le point de succomber Clément VII, le duc de Ferrare, Sforza, la république de Venise, se rapprochèrent. L’occasion était favorable ;• les souverains de l’Europe sentaient la nécessité de rétablir l’équilibre dérangé par la victoire de Pavie. Lannoy et Bourbon, à la cour de Madrid, se disputaient les remercîments de l’empereur. Malheureusement les souverains de l’Italie ne surent que conspirer. Le chancelier du duc de Milan, Morone, qui avait le plus contribué à l’expulsion des Français, conçut le plan du complot. Le commandant des troupes deGharles-Quint, en Italie, était alors Pescaire, né Italien, quoique d’origine catalane, dévoré d’ambition et de plus jaloux de Lannoy et de Bourbon. Le chancelier Morone lui proposa de disperser ses troupes dans les places du Milanais pour les laisser surprendre par les Italiens déjà en armes. Clément VII, suzerain du royaume de Naples, le déliait de tout serment de fidélité envers Charles- Quint et le couronnerait lui-même roi. Les puissances étrangères, la France, l’Angleterre, promettaient leur appui; Sforza deviendrait réellement duc de Milan, et l’Italie serait indépendante et débarrassée des barbares. C’était une conspiration universelle contre l’empire dans la péninsule. Pescaire, que Morone tenait cependant pour le plus cruel et le plus faux des généraux de Charles-Quint, écouta toutes les ouvertures, débattit les conditions, le plan, et balança peut-être ; puis il prévint son maître, se fit dévoiler tous les fils de la conspiration, jeta enfin le masque, saisit Morone, s’empara de la capitale du Milanais, et voulut s’assurer même de la citadelle de Milan. François Sforza résista pour la première fois ; il s’enferma avec 800 hommes dans la forteresse et fit feu sur les Espagnols.
Il fallait combattre ; Clément VII lui-même s’y résolut. A la mort de Pescaire, qu’on regarda comme un châtiment de sa trahison, une ligue sainte, sous la protection du pape, fut signée entre tous les États italiens et le roi de France, sorti de Madrid, pour la délivrance de la péninsule (mai 1526). « Cette fois, disait Giberti, conseiller du pape, BIST, d’italib. 23