LIVRE XII
il ne s’agit pas d’une petite vengeance, cette guerre va décider de la délivrance ou de l’esclavage de l’Italie. Nos descendants regretteront de n’avoir pas vécu de notre temps pour jouir de cet honneur. »
Décevantes illusions, que la plus affreuse réalité détruisit promptement ! Les Milanais, poussés à bout par les excès de la soldatesque espagnole et comptant sur les secours de la ligue, se soulevèrent pour soutenir leur duc, assiégé dans la citadelle. Mais le ducd’Urhin, à la tète des troupes vénitiennes, et Guido de Rongoni, à la tête des troupes pontificales, sous prétexte d’attendre des secours des Suisses, restèrent l’un sur l’Adda, l’autre sur le Pô. Les Milanais furent écrasés. Le connétable de Bourbon, revenu d’Espagne avec des troupes et de l’argent, acheva de bloquer la citadelle, et contraignit François Sforza à capituler le 24 juillet.
Le mois suivant, Clément VII tenta de reprendre l’occasion perdue en dirigeant sur Gênes André Doria, ennemi de l’empereur, avec onze galères, et le ducd’Urbin avec une armée. Mais le levain des vieilles discordes fermentait encore au sein d’une ligue dont l’indépendance était le but. Le saint-siège et Venise se regardaient toujours avec défiance. Le duc d’Urbin, François-Marie, se rappelait trop qu’un Médicis l’avait dépouillé ; un servile esprit d’imitation classique se glissait enfin jusque dans cette guerre de la liberté et paralysait aussi les courages et la tactique militaire Le duc d’Urbin tenait à passer pour un Fabius Cunctator; il ne s’attachait qu’à éviter une action et croyait en ♦emporisant avoir raison du connétable de Bourbon, cet aure Annibal. Pour appuyer la flotte qui assiégeait Gênes, il se contenta de bloquer et de prendre Crémone. Pendant ce temps, le vice-roi de Naples, Lannoy, arriva avec une nouvelle armée dans le midi de la péninsule, et, au nord, l’Allemand Georges Frundsberg franchit les Alpes à la tête de 13 000 lansquenets.
Le pape retomba dans le découragement. François I**, malgré ses promesses, oubliait l’Italie ; le trésor pontifical était épuisé ; les tributs de la chrétienté divisée coramen-
çaient à lui manquer. Les Colonna profitaient de la guerre pour commettre au nom de l’empereur mille excès dans la campagne de Rome et dans Rome même. Entre Lannoy dans le royaume de Naples, Bourbon et Frundsbcrg dans le Milanais, le pape en passa par où voulut l’ambassadeur de Charles-Quint, et licencia ses troupes. Assiégé de funestes pressentiments, il semblait vouloir ne laisser à Rome que son prestige pour toute défense. Mais, au nord, Bourbon n’était plus maître de ses soldats; après avoir dévoré le Milanais, ils voulaient une autre proie : Florence ou Rome. Ceux qui étaient nouvellement arrivés, surtout sous la conduite du luthérien Georges Frundsbcrg, joignaient à l’avidité du soldat la fureur du sectaire; ils croyaient faire œuvre sainte en portant le fer et le feu dans les murs de ce qu’ils appelaient la sacrilège Babglone. Ces bandes sans discipline et sans vivres, n écoutant plus rien, se mutinant, tuant leurs officiers, et menaçant le connétable lui-même, passèrent le Pô, s’abattirent dans les campagnes de Plaisance et de Parme, et entraînèrent Bourbon au delà des Apennins. Le duc d’Urbin, par rancune ou plutôt par couardise, comme l’assuraient les Italiens, suivit seulement à distance cette cohue féroce qu’il eût peut-être pu disperser.
Le pape s’aperçut trop tard que le seul prestige de Rome ne serait point une défense contre ces furieux. Il vendit trois chapeaux de cardinaux, arma la jeunesse, le peuple et les bourgeois, éleva à la hâte quelques retranchements du côté du Borgo; mais Bourbon donna l’ordre de monter à l’assaut (6 mai 1527), et courut lui-même aux retranchements au milieu des feux nourris de l’armée romaine. Il tomba un des premiers frappé d’une balle que Benvenuto Gellini se vanta d’avoir tirée; mais scs soldats eurent raison en une heure des défenseurs de Rome, mal disciplinés sous leurs caporioni; les murs furent escaladés; Clément YII en prière, au Vatican, s’enfuit parla longue galerie de la cité Léonine au château Saint-Ange; les vainqueurs au nombre de plus de 30 000 hommes se précipitèrent dans la ville, massacrèrent à coups de halle-