‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 180 sur 338 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

bardes et de piques ceux qui avaient les armes à la main, puis s’emparèrent des ponts qui menaient au Transtévèro pour s’assurer le pillage de toute la riche et sainte cité.

Au temps de la chute de l’empire romain et du sac des Goths et des Vandales, Rome ne souffrit rien de plus affreux. Hommes et choses, femmes et enfants, biens publics, privés et sacrés, furent pris à discrétion par les barbares ; les couvents furent forcés, les religieuses violentées, les autels dépouillés, les tombeaux profanés, la bibliothèque du Vatican saccagée, les chefs-d’œuvre de Michel-Ange et de Raphaël souillés, déchirés comme les monuments de l’idolâtrie.

Charlea-Qulnt couronné empereur et roi à Bologne; chute de l'iorcnce érigée en duché pour le* médlela (IStl'lHS).

Ce fut le prélude de la chute et de la ruine de l’Italie. Comme s’il y avait encore place pour une espérance dans ce grand désastre, Florence chassa les Médicis, rétablit le gouvernement républicain, et se rendit maîtresse de Livourne et de Pise. Le duc de Ferrare s’assura de Modène ; Venise, de Ravenne ; les petits tyrans reparurent dans la Romagne.

Deux souverains étrangers, François Ier, Henri VIII, intéressés à arrêter l’agrandissement de Charles-Quînt et mis en devoir de venger le sac de Rome, conclurent, il est vrai, une ligue, à la fin de 1527, pour délivrer le pape et arracher l’Italie à ses oppresseurs. Lautrec, général déjà si malheureux dans la péninsule, fut mis à la tête d’une nouvelle armée française; l’amiral André Doria, homme d’énergie et d’expérience, passa du pape au service de la France. Le commencement de la campagne parut heureux; Lautrec s’empara d’Alexandrie, puis emporta Pavie qu’il livra au pillage pour venger la défaite de 1525; André Doria attaqua le port de Gênes, et fit reconnaître par la ville le gouvernement français. Le pape réussit à s’échapper du château Saint-Ange et se réfugia sous la protection de la ligue.

Mais Lautrec ne combattait que pour son maître. Il se jeta dans la péninsule (10 février 1528), entra dans le royaume de Naples où il s’empara de Barlette, et assiégea par terre Naples, bloquée sur mer par André Doria. François Ier, se croyant déjà sur de Naples, ne ménagea rien pour ruiner Gênes, cette clef de l’Italie qu’il était si difficile de garder; il travailla à lui susciter une rivale dans Savone. Alors Doria, Génois avant tout, après avoir fait des remontrances qui ne furent point écoutées, offrit ses services à l’empereur. La mer redevenant libre, Naples fut ravitaillée. Lautrec bientôt affamé lui-même succomba à la peste. Le marquis de Saluces, qui prit le commandement des débris de l’armée, fut obligé de capituler dans Aversa. Les Espagnols rentrèrent dans toutes les places du royaume de Naples. André Doria, aussi de retour à Gênes, en chassa le gouverneur français, combla le port de Savone et donna sous la protection de l’empereur une nouvelle constitution aristocratique à sa patrie. Tout fut fini.

Clément VII se résigna le premier; il consentit, au prix de quelques villes, à la restauration du pouvoir impérial en Italie. L’empereur n’eut qu’à débarquer à Gênes sur les galères d’André Doria, pour recueillir les fruits de sa victoire désormais définitive. L’Italie, ruinée par quarante années de guerres et de ravages, ne pouvait plus rien pour sa défense; la majeure partie des paysans, s’il en faut croire la lettre d’un contemporain, étaient morts soit de faim, soit de peste, soit autrement. Charles-Quint, arrivé à Bologne (1529), y manda Clément VII, et dicta ses lois à la péninsule. Venise dut restituer au pape Ravenne et Cervia, au royaume de Naples les villes qu’elle possédait sur les rivages de l’Adriatique, et payer 300 000 ducats. Florence dut recevoir les Médicis et payer une somme plus forte encore. François Sforza, trop chétif pour pouvoir vivre longtemps, fut laissé en possession du duché de Milan, qui devait revenir à l’empereur à sa mort. Alphonse d’Este se reconnut feudataire de l’empire pour Ferrare, et de l’Église pour Modène et Reggio. Frédéric de Gonzague échangea son titre de marquis de Mantoue

Page 1