LIVRE XII
contre celui de duc, et prêta hommage. Le duc Charles III de Savoie, et le marquis de Montferrat, jusqu’alors dévoués à la France, vinrent d’eux-mêmes à Bologne se ranger sous la protection de l’empereur-roi.
Tout étant ainsi réglé, le 22 février et le 24 mai, Clément VII, dans la ville de Bologne, posa les deux couronnes d’Italie et de l’empire sur le front de Charles-Quint. La restauration impériale et pontificale fut complète: la vieille alliance du sacerdoce et de l’empire de nouveau proclamée ; et l’Italie, tenue dans une dépendance toute féodale, releva soit du pape, soit de l’empereur, sacrifiée comme toujours à l’union des deux pouvoirs. Pour renouer complètement la tradition du moyen âge, Clément VII annonça la prédication d’une croisade contre l’invasion mahométane, et l’empereur déclara la guerre à l’hérésie allemande.
Il fallait exécuter maintenant la sentence contre Florence. Clément VII lança sur elle les bandes féroces de l’Espagne.
La république n’était pas en état de résister. Déjà secrètement attaqué dans son principe par les partisans des Médicis, le gouvernement républicain était encore disputé par les arrabbiati ou enragés et les piagnoni ou pleurards. L’approche du danger, le souvenir de Savonarole, rappelé par quelques moines, le fit passer, au moment décisif, aux mains des piagnoni Le gonfalonier Nicolas Capponi, chef des arrabbiati, fut remplacé par Balthasar Carducci, un vrai piagnone. Dans une heure d’enthousiasme, le peuple proclama, sur une motion du gonfalonier Carducci, le Christ, roi perpétuel de la république de Florence. Une commission des Dix de la guerre requit pour la défense de la patrie la garde du palais et de la constitution, composée de trois cents jeunes nobles, la garde urbaine de quatre mille hommes, et Y ordinanza de Machiavel. On y joignit les restes des bandes noires ; Michel- Ange se chargea de diriger la défense des fortifications ; on confia le commandement de toutes les troupes au condottiere Malatcsta de Baglionc, général expérimenté, mais impie, cruel, souillé de vices; et, pour montrer qu’on était
résolu à repousser l’attaque par tous les moyens, on rasa les maisons de campagne et les bois de plaisance qui pouvaient gêner la defense.
Ges efforts d’un patriotisme tardif et local furent inutiles. Le prince d’Orange établit son camp sous les murs de Florence au Piano à Repoli ; Ferdinand de Gonzague, sur la rive droite de l’Arno, occupa Prato. De vigoureuses sorties, les hardies tentatives de François Ferruccio qui fut fait prisonnier, tout couvert de mortelles blessures à Gravignana, ne servirent que d’épisodes héroïques à la chute de la liberté. Le condottiere Baglione qui vendait le peuple, la ville , et le sang des Florentins once à once, se voyant suspecté, livra décidément un bastion à l’ennemi et pointa son artillerie contre la ville. Les Florentins, pour éviter les horreurs du pillage, s’engagèrent à payer 80 000 mille écus et à recevoir les Médicis, à la condition qu’on leur garantît l’amnistie et la liberté. Mais aussitôt les exilés rentrèrent; quelques partisans des Médicis, Veltori, Guicciardini l’historien, Valori et Philippe Strozzi, firent créer par un dernier parlement une balie qui condamna à mort ou à l’exil les ennemis d’Alexandre de Médicis, et permit à celui-ci, proclamé duc de Florence par Gharles-Quint, de rentrer sans condition dans la ville de Gosme et de Laurent. L’année suivante la seigneurie, le gonf'alonier, étaient supprimés ; le parlement remplacé par un sénat de quarante-huit ottimati, et Alexandre déclaré duc perpétuel et héréditaire par le nouveau parlement.
Ce fut le signal de la chute de tout ce qui restait de liberté dans la Toscane. A Lucques, sous la menace des arquebuses espagnoles, une oligarchie dévouée à Gharles- Quint fut investie du pouvoir. A Sienne, Ferdinand de Gonzague intima aux habitants l’ordre de rappeler les exilés, de reconstituer le mont des Neuf et de prendre pour capitaine de leurs troupes Alphonse Piccolomini, vendu aux Espagnols. L’empereur, de retour en Italie à la fin de l’année 1532, sanctionna à Bologne toutes les conditions nouvelles d’asservissement, et imposa à chaque État une somme destinée à l’entretien d’une force régulière qui fut