livre xn
de l’indépendance. Tandis que les Français pénétraient dans le Piémont et y prenaient Verceil et Ivrée, cette ville appela dans ses murs le Français de Thermes. Grâce à lui, elle se défendit pendant toute l’année 1554. Mais quand, en 1554, Pierre Strozzi l’eut remplacé avec tous les exilés et quelques Français, Gosme de Médicis ne ménagea plus rien pour écraser le fils de son vieil ennemi.
Un condottiere féroce, serviteur de l’étranger, pris à sa solde, Jean-Jacques de Médicis, fait marquis de Marignan par Gharlcs-Quint, bloqua Sienne à la tête de troupes espagnoles et allemandes, ravagea impitoyablement les environs, et fit d’un pays jadis couvert d’habitations et d’une culture florissante la triste Maremme d’aujourd’hui. Pierre Strozzi tenta une entreprise sur Florence, et fut battu à Lucignano. Biaise de Montluc, avec quelques troupes françaises, essaya encore de prolonger la résistance. Après avoir perdu vingt mille habitants par le fer ou la faim, Sienne, dernière ville libre, capitula enfin le 17 avril, et se mit sous la protection espagnole , en demandant une constitution libre pour toute concession (1555).
Paul XV; dernière latte ; le duché de Parme et de Plalaance; les présides; traité de Cateau-Cambrésls (X 5SS-XSS9).
L’avéncment de Paul IV et l’abdication de Charles- Quint (1556) offraient à l’Italie une meilleure occasion. Le cardinal Caraffa, grand inquisiteur, était un de ceux qui avaient imprimé à la cour pontificale cette direction vigoureuse, destinée à raffermir le catholicisme ébranlé. Homme d’une nature ardente, emportée, qu’aiguisait encore l’ascétisme monacal, il apporta la même impétuosité dans les affaires politiques. Né en 1476, il avait vu l’Italio encore libre du quinzième siècle. Il comparait l’Italie de cette époque à « un instrument merveilleusement d’accord, dont les quatre cordes étaient Rome, Milan, Naples et Venise, » et il n’avait pas assez de malédictions contre Alphonse et Louis le More, « ces âmes malheureuses et perdues qui, par leurs divisions, avaient détruit cette ad-
mirable harmonie. » Charles-Quint, en déposant la couronne impériale, n’avait pu la poser sur la tête de son fils Philippe II. Le pape n’avait donc en face de lui qu’un roi et non un empereur (1556).
A peine couronné à Saint-Pierre, Paul IV remua l’Europe pour délivrer l’Italie; il arrêta les cardinaux partisans de l’Espagne, attaqua ouvertement le vice-roi de Naples, et enfin conclut avec le roi de France, Henri II, cette alliance devant laquelle Paul III avait toujours reculé. Le roi d’Espagne se défendit avec autant de résolution qu’eût fait un César. Le duc d’Alhe envahit avec les Espagnols le territoire pontifical ; Paul IV agit avec l’énergie d’un pape du moyen âge; il déclara Philippe II déchu de son royaume de Naples, qu’il offrit au duc de Guise et aux Français; il nomma le duc d’Este, Hercule, son généralissime, et tenta de soulever l’Italie contre ce nouveau maître. A Rome on le vit armer et passer en revue la population; assis souvent à table des heures entières, buvant avec une ardeur fiévreuse le mangia-guerra de Naples, il se répandait en invectives contre ses ennemis, contre Cosme de Médicis, ce fils du diable, contre les Espagnols, ces schismatiques , ces damnés de Dieu , cette semence de juifs et de maures, véritable lie du monde.
Philippe II, à la nouvelle de l’approche du duc de Guise à la tête de quinze mille hommes, fit quelques concessions aux Italiens pour les diviser; il rendit la ville de Plaisance, moins la citadelle, à Farnèse, dont le duché fut ainsi constitué. Il livra à Cosme de Médicis la ville de Sienne que celui-ci visait depuis longtemps. Ce fut son salut en Italie. Tenu en échec par Hercule d’Este, le gouverneur du Milanais fut obligé de laisser d’abord passer le duc de Guise, qui franchit le Tronto pour assiéger Givitella. Mais le duc d’Albe le repoussa, reporta la guerre sur le territoire pontifical, et marcha sur Rome. La grande victoire de Saint- Quentin , remportée par Philippe II, sur les Français, porta un coup encore plus terrible aux espérances du pape et de l’Italie. Le duc de Guise déclara qu’aucune force humaine ne l’empêcherait de voler à la défense de sa patrie.
HIST. d’italuj. 24