LIVRE XII
Inébranlable jusqu’au dernier moment, le pape ne céda que lorsqu’il vit les Romains eux-mêmes prêts à ouvrir aux Espagnols les portes de Rome, et pour éviter à la capitale du monde chrétien une prise d’assaut et un nouveau pillage.
Frappé par ces revers, le pape se retourna impétueusement contre les instruments mêmes de sa politique mondaine; il ne pensa plus qu’au gouvernement spirituel de l’Eglise, et fit retomber sur les ennemis de la foi le mal qu’il n’avait pu faire à ceux de l’Italie.
Le sort de la péninsule fut définitivement réglé, à la suite du traité de Gateau-Cambrésis (1559), qui rétablit la paix entre l’Espagne et la France. Philippe II laissa définitivement Plaisance, moins la citadelle, à Ottavio, Sienne et son territoire à Gosme Ier de Médicis, mais en s’y réservant, pour le tenir dans une sorte de dépendance, les ports d’Orbitello, Télamone, Portoferraio , que l’on appela les présides. Le duc de Savoie, Philibert-Emmanuel, recouvra la Bresse, le Bugey, la Savoie, le Piémont, à l’exception de Turin, Pignerol et Villeneuve, qui furent retenues par le roi de France, et de Verceil et d’Asti, retenues par le roi d’Espagne, jusqu’à ce que la question d’hérédité mise en avant par le roi de France eût été résolue. Par là, la domination austro-espagnole fut inébranlablement affermie au nord et au midi de la péninsule; le saint-siège, qui avait espéré partager la domination de l’Italie, se trouva condamné à l’impuissance; les ducs de Florence, de Parme et de Ferrare, furent tenus dans la dépendance, et la frontière même de l’Italie resta aux mains des étrangers
Ce qui avait été commencé en 1530 aux conférences de Bologne se trouva achevé, en 1559, dans une petite ville de Flandre; et l’Italie, sous le joug de l’empereur Ferdinand Ier, et du roi catholique Philippe II, l’un suzerain du Milanais et des petits duchés voisins, l’autre, duc do Milan et roi de Naples, tomba comme anéantie sous le poids d’une double servitude.
Le spectacle que donnèrent les habitants de Rome et le
conclave, après la mort du dernier des papes guelfes, montra combien le malheur avait aigri et abaissé les âmes. Le peuple romain arracha de leurs piédestaux et brisa lâchement les statues qu’il avait élevées à Paul IV dans la première joie de son avènement. Le conclave, par un de ces brusques retours, qu’on est si souvent à même de constater, contre la politique suivie par le pape décédé, porta au saint-siège Pie IV, pape doux, mondain et attaché aux étrangers par son frère le duc de Marignan, dévoué à Cosme Ier et à Philippe II. Une nouvelle phase commença à partir de cette époque pour l’Italie; elle ne résista plus à la servitude; elle s’y résigna, elle s’y précipita. Son brillant génie même, qui s’était égaré dans les sentiers glissants de la renaissance, expia le scepticisme païen qu’il avait contracté dans les rigueurs de la pénitence et quelquefois dans les petitesses de la superstition.
AHmlMement de* prince* Italien* ; Pie IV, Pic V, Grégoire XIII; rentanratlon catholique dan* le* lettre* et le* arts; misère delà péninsule; bravl et brigands (ltSfl-1584).
Le nouveau pape Pie IV donna l’exemple de la résignation; tout occupé d’embellir Rome où il construisit la Porta Pia et fit percer la rue de Montecavallo, et de protéger les côtes contre les pirates barbaresques par les fortifications d’Ancône et de Givita-Vecchia, il n’eut d’autre but que la paix, dans ses relations avec les puissances étrangères. Sollicité par l’ambassadeur de Savoie d’aider son maître à recouvrer Genève devenue protestante : « Où en sommes-nous, lui dit-il, pour qu’on vienne me faire de pareilles propositions? C’est la paix qu’il me faut avant tout. » Il était convaincu que le saint-siège ne pouvait se maintenir longtemps sans l’appui des princes, et chérissait surtout ceux qui régnaient sur l’Italie. Il pensa un instant à conférer à Cosme le titre de roi; il aurait voulu le faire au moins archiduc. Il ne refusa rien à Philippe II, son vassal pour le royaume de Naples, et laissa même opposer la formalité de Yexequatur à ses propres décrets.