LIVRE XII
Le saint-siège regagna, il est vrai, au spirituel ce qu’il perdit au temporel. Bans les dernières sessions du concile de Trente, qu’il eut la gloire de rouvrir en 1563, le pape Pie IV, par les concessions politiques faites au prince, conjura les réformes religieuses qu’on paraissait disposé à lui arracher. En cessant d’invoquer ses droits sur les couronnes, il obtint qu’on ne parlât plus de réformer l’Église dans son chef. Le concile, au lieu de s’élever au-dessus de lui, s’abaissa devant son autorité. Non-seulement on maintint la tradition, le dogme dans toute sa rigueur, mais on releva, on étendit le pouvoir du saint-siège sur toute la catholicité. Le pape resta seul juge des changements à opérer dans la discipline, infaillible dans les choses de la foi, interprète suprême des canons, chef incontesté des évêques; et Rome put se consoler de la perte définitive d’une partie de l’Europe, en voyant sa puissance doublée dans les nations catholiques du Midi, qui se resserrèrent religieusement autour d’elle.
Les souverains laïques de l’Italie n’eurent point cette compensation. Cosme Ier de Médicis put, en toute liberté, contenir par la terreur ses sujets de Florence et de Sienne encore frémissante. Le duc de Savoie, Philibert-Emmanuel, qui avait donné la victoire à Philippe II sur le roi de France à Saint-Quentin, parvint à recouvrer, à la faveur des troubles de la France, toutes ses villes du Piémont. Mais il n’obtint pas plus du roi d’Espagne que du pape les secours qu’il désirait pour soumettre Genève.
Le duc de Parme et Plaisance, Ottavio, appartenait à l’Espagne par sa femme Marguerite, longtemps gouvernante des Pays-Bas, et par son fils Alexandre, élevé par sa mère dans des sentiments tout espagnols, et, plus tard, général de Philippe II.
A Ferrare, le duc Hercule avait partagé les projets de Paul IV ; sa femme avait été véhémentement soupçonnée de calvinisme. Leur fils, Alphonse II, n’épargna rien pour faire oublier le mauvais renom de ses parents aux cours de Vienne et de Madrid. 11 exila sa propre mère. Il demanda en grâce pour épouse une princesse autrichienne,
l’archiduchesse Barbara. Ces alliances étaient moins un honneur lait aux petits princes italiens qu’une garantie prise contre eux. Fières et dédaigneuses, s’asseyant au foyer des princes italiens comme par droit de conquête, et persuadées qu’elles descendaient jusqu’à eux, ces archiduchesses firent ordinairement de leur époux leur premier sujet, et rendirent toujours présents l’œil et le sceptre de l’étranger au sein des petits gouvernements qui se croyaient libres.
La présence de Philibert de Savoie, d’Alphonse de Ferrare, de Guillaume de Gonzague, à la diète d’Augsbourg, convoquée en 1566 contre les Turcs, les dépenses faites par ces princes pour y faire acte de dévouement, témoignèrent suffisamment qu’ils n’étaient plus que les vassaux de l’empire.
Sous le pape Pie V (1566) s’acheva l’œuvre de la restauration catholique et de l’asservissement de la péninsule. Ce saint, mais inflexible vieillard, dont le peuple admirait la tête toujours nue, la longue barbe blanche et le visage rayonnant de piété, fit admettre dans tous les États italiens l’inquisition romaine, et surveilla sévèrement la foi et les mœurs. Les évêques furent astreints à la résidence, les moines et les nonnes à une sévère réclusion. Le collegium germanicum , fondé par les jésuites, devint une pépinière de prêtres pour l’Italie et l’Allemagne. Les abus disparurent en partie, les scandales diminuèrent dans Rome. Des cardinaux recommandables par leur piété donnèrent le ton à la cour romaine. Tiépolo, ambassadeur de Venise, rendait un peu plus tard à la ville sainte ce témoignage : « Rome s’efforce à sortir de la déconsidération où elle était tombée; elle est devenue plus chrétienne dans ses mœurs et dans sa manière de vivre. »
En Lombardie, l’archevêque de Milan , Charles Borromée, digne émule de Pie V, ne se contenta pas de réformer les églises et le clergé, les moines et les religieuses : il restreignit les divertissements publics, veilla sur la sainteté des mariages et sur la conduite générale des laïques ; il appela, à l’aide de ses décrets religieux, le secours de la