LIVRE IL
Théodoric l’essaya, ne considérant comme l’héritier, le conservateur dos institutions impériales en Italie, il n’y vint rien changer; il prit seulement pour lui l’autorité, et pour ses compagnons une part des revenus des torres, en guise de soldo, comme avait fait Odoacre. Un lot proportionné à la naissance, au rang dans l’armée, aux esclaves et aux têtes de bétail, fut assigné à chaque barbare sur les propriétés du fisc impérial, et les fit ainsi citoyens intéressés de l’Italie. Le chef des Ostrogoths, en chargeant quelques Romains, entre autres Libérius, de la distribution de ces domaines, essaya de déguiser autant que possible cette spoliation, qui ne s’acheva point sans quelque désordre. Dans un premier instant de colère, il avait voulu dépouiller tous les soldats qui avaient servi dans l’armée d’Odoacre; mais il revint sur cette décision, grâce à l’intercession d’Êpiphane; les anciens mercenaires so confondirent peu à peu dans cette armée d’occupation, qui, avec le reste des riches propriétaires, exploita le sol italien cultivé par d’anciens colons ou de nouveaux captifs, dont la condition se rapprocha bientôt de celle des serfs.
A part cela, le roi Théodoric s’efforça de conserver le vieil édifice politique et civil de l’empire. Il garda toutes les anciennes dignités, et les confia à des Romains; il fit préfet du prétoire Libérius, qui avait défendu contre lui Césène, tant qu’il avait espéré pour Odoacre; il confia le gouvernement du midi de l’Italie au magistrat Cassiodore, et prit pour secrétaire le fils de celui-ci, qui rédigea en stylo pompeux les missives et les ordonnances du barbare. Les charges do patrice, de questeur, de maître des offices, le trésor public et privé, tous les ressorts de l’administration romaine et les impôts furent maintenus dans leur intégrité. A Rome, le consulat, le sénat, furent rétablis, quoique tenus dans la même nullité politique qu’auparavant. L’organisation municipale fut conservée.
Arien, Théodoric respecta le culte des Italiens; il admit même dans sa faveur Epiphane, de Pavie, Laurent, de Milan, et envoya une fois au premier une somme d’argent considérable, pour racheter des captifs qui avaient
été faits par les Burgondos sur son diocèse. Sous lui, l’évêque de Rome vit plutôt augmenter que décroître sa puissance.il devint auprès du roi l’intermédiaire du clergé catholique, non-seulement de l’Italie, mais des autres pays oùThéodoric étendit bientôt son influence; il obtint même de lui la levée de l’interdiction portée par Odoacre contre l’élection du pape, sans la permission du souverain temporel. Grâce à ce bon accord, les immunités de l’Eglise furent conservées; mais les clercs restèrent soumis en général à la juridiction séculière; et les juifs, protégés aussi, purent réparer leurs synagogues. Les lois sévères contre les païens et les sorciers furent seules strictement maintenues.
Désireux de rattacher son œuvre au passé, Tbéodoric demanda et obtint d’Anastaso les insignes impériaux dédaigneusement envoyés à Constantinople par Odoacre. Il prit la pourpre, l’habit romain, la cblamide, la chaussure peinte, et fit adopter le costume romain à ses principaux officiers, pour entraîner le reste de la nation. Afin de no point paraître entrer en rivalité avec l’empire d’Orient, il se contenta du titre de roi, et consentit à soumettre chaque année, à la confirmation de la cour de Constantinople, l’élection du consul impuissant de Rome ; mais il eut soin de concentrer, entre ses mains et dans celles de sa nation, toute l’autorité politique et la force militaire. Il était le premier magistrat des Romains comme le premier chef de l’armée barbare. Il confirma, dans les villes, l’élection des défenseurs; il nommait lui-même, dans les provinces et dans les cités, les comtes gotbs ou romains, qui joignaient un véritable pouvoir civil à leur commandement militaire; enfin il distribuait, dans les différentes garnisons de l’Italie et les postes des frontières , la vaillante armée qu’il avait dotée d’une si riche conquête.
Sous lui, l’Italie parut partagée en deux peuples : l’un de Goths adonnés au métier des armes, l’autre de Romains voués à l’exercice des magistratures civiles et aux pacifiques occupations. Les conquérants, cantonnés dans leurs fiefs militaires, entretinrent leur goût pour les exercices