‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 20 sur 338 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

des armes, par exemple aux jeux de l’école militaire de Ravenne, et ils tinrent soigneusement leurs enfants éloignés des lieux où l’on enseignait les lettres et les arts, comme s’ils ne voulaient pas que leurs fils apprissent à trembler bous la férule d’un Romain. Les anciens habitants au contraire , depuis longtemps déshabitués de la vie du soldat, continuèrent à fréquenter leurs écoles, et ne songèrent qu’à remplir les fonctions administratives et civiles. Cette séparation cependant ne fut point un effet de la volonté de Théodoric, qui aurait ainsi assigné à chacune des deux nations sa part dans la vie publique. Loin de là, le roi accueillit avec faveur dans son armée quelques comtes romains, entre autres Servatus et Cyprien. Au contraire il fit donner une éducation toute romaine à sa fille Amalasonthe, à son neveu Théodat; il fit entrer quelques-uns de ses barbares dans le sénat et les essaya aux charges civiles ; mais il ne réussit pas à fondre des mœurs et des coutumes profondément dissemblables, à secouer le relâchement des Romains et à arracher les Goths à leur rudesse barbare.

Il fallait à deux peuples si divers des tribunaux et des juges différents. Les Romains conservèrent leurs anciennes formes judiciaires, les Goths furent jugés par un comte goth. Seulement, dans les procès entre Romains et Goths, le comte barbare s’adjoignait un magistrat italien pour juger l’ affaire, précaution qui n’empêchait pas que les intérêts des Romains ne fussent souvent sacrifiés à ceux de leurs maîtres. Théodoric fit tous ses efforts pour effacer ces distinctions; il rendit un édit qui dut servir de règle aux Goths et aux Romains, et qui tenta d’amener la fusion des mœurs par celle des lois ; il abolit la coutume barbare des duels judiciaires, de la composition , des épreuves, et assujettit les Goths à maintes formes empruntées au code théodosien. Théodoric fit plus : par la plume élégante de son secrétaire^ il invita à la concorde Goths et Romains : « Vous êtes rassemblés sous le même empire, leur dit-il; que vos cœurs soient unis! Les Goths doivent aimer les Romains comme leurs voisins et leurs frères, et les Romains doivent chérir les Goths comme leurs défenseurs. »

Pendant presque toute sa vie au moins, Théodoric voila par sa prudence et sa fermeté les défauts d’un état de choses auquel le temps seul pouvait porter remède. Il se fit luimême illusion au point de dire : le Romain imite le Goth, le Goth suit le Romain. Fort au moins de cet accord apparent, il prit une honorable place au milieu des rois barbares qui s’étaient partagé les provinces de l’empire d’Occi dent démembré; il exerça même sur eux, par ses alliances et par ses armes, une sorte de puissant arbitrage. Il obtint en mariage la main d’Audeflède, sœur du puissant roi des Francs, Clovis; il donna lui-même sa sœur au roi des Vandales, sa nièce au roi des Thuringiens, une de ses filles au roi des Visigoths, Alaric II, une autre au fils du roi des Burgondes. Les provinces de Norique et de Pannonie qui servaient de frontière à l’Italie, étaient toujours remuantes depuis que les barbares les avaient occupées en y détruisant tous les vestiges de la domination romaine. Théodoric contint ces populations turbulentes; il battit et tua dans le Norique un roi des Ruges qui avait été d’abord son allié. Il enleva la Pannonie au Gépide Trasaric, qu’appuyait indirectement l’empereur d’Orient, Anastase; et, par ses victoires, il assura à l’Italie le rempart des Alpes et du Danube. Au delà même de ce fleuve, il protégea les Alamans contre les Francs; au delà des Alpes, il profita des dissensions des Burgondes et de leurs guerres avec Clovis, pour s’emparer du passage des Alpes grecques.

Ainsi respecté, ou craint de tous ses voisins, qu’il surveillait de Vérone, sa ville de prédilection, Théodoric assura à l’Italie un repos dont elle n’avait pas joui depuis longtemps et dont elle profita pour relever ses ruines. Le dessèchement des marais Pontins fut essayé sous son patronage. Les côtes de l’Adriatique, depuis l’Istrie jusqu’à Ravenne, devinrent une nouvelle Campanie. Des ordonnances de Théodoric sur l’agriculture et l’exportation assurèrent la subsistance de l’Italie. Le cursus , ou la poste publique rétablie, raviva les relations en même temps qu’elle assura la prompte exécution des ordres royaux transmis par des messagers politiques qui portaient le nom

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