‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 21 sur 338 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

do sasons. L’afflucnce de la foire annuelle de Saint-Cyprien en Lucanie montra la prospérité nouvelle de cette province qui avait failli devenir un désert.

La visite que Théodoric fit à Rome, en l’année 500, est l’image fidèle do toute sa conduite; il y fit son entrée, suivi des personnages illustres des deux nations gothique ot romaine, et fut reçu par le savant Boëce, préiet de Rome, à la tète du sénat, et par le pape à la tête de son clergé. Au Capitole, il montra la plus grande déférence envers le sénat qu’il appela « la citadelle de la ville, la fleur du genre humain », et qui lui vota une statue d’or. Il traita le peuple comme ce peuple voulait l’être; il luifit donner 200 000 mesures de farine, et constitua un fonds pour lui assurer des distributions annuelles. La population romaine crut avoir retrouvé son empereur, quand Théodoric présida aux combats de bêtes dans l’enceinte du Colisée. La conduite du roi envers le clergé, qui possédait alors à Rome vingt-huit églises, fut encore plus habile. Tout arien qu’il était, il déposa sur le tombeau de saint Pierre une offrande considérable. Un schisme était près d’éclater dans Rome à l’occasion d’une élection pour le saint-siège. Les deux partis avaient été plusieurs fois sur le point d’en venir aux mains; Théodoric imposa la tranquillité à la ville, remit la décision de la querelle à l’Église et ordonna la réunion d’un synode d’évêques qui releva Symmaque des accusations portées contre lui et le proclama seul pape légitime. Appréciateur des monuments de la vieille Rome, qu’il put encore admirer dans les théâtres de Pompée et de Marcellus, dans ses thermes et dans ses temples, il les mit sous la garde d’un architecte particulier, fit défense aux citoyens de les dégrader, affecta aux frais de leur réparation le produit des douanes du port Lucrin, et donna lui-même chaque année 200 livres d’or et 25 000 briques pour leur entretien. Ces soins réparateurs s’étendirent au delà de l’enceinte de Rome, à Ravenne, à Pavie, à Naples et dans quelques autres villes où furent restaurés ou construits des églises, des aqueducs, des bains et des portiques; à Vérone surtout où s’éleva un palais, le plusancien

et le plus authentique monument de l’architecture des Goths.

Une occasion s’offrit bientôt à Théodoric do prouver au loin quelle était sa puissance. Après avoir essayé de prévenir la guerre entre les Francs et les Visigoths, il fut obligé de prendre sous sa protection toute une nation de frères, lorsque Alaric II eut été tué à la bataille de Poitiers. Son général, Ibbas, battit le fils aîné de Clovis, près d’Arles. En vain, l’empereur Anastase, allié de Clovis, essaya-t-il de faire diversion en jetant une armée en Italie; mille petits bâtiments légers, équipés à temps par les soins du préfet du prétoire, Abundantius , garantirent les côtes de la péninsule. Théodoric conserva la Septimanie aux Visigoths, prit pour lui la province d’Arles où il établit le préfet Libérius, et, maintenant Amalaric sur le trône des Visigoths en Espagne, étendit son autorité sur les deux branches réunies de la nation gothique, du Danube au détroit de Gibraltar.

L’Italie, unie sous la domination d’une nation puissante et d’un homme de génie, recouvrait avec quelque prospérité la première place en Occident; œuvre brillante, mais qui cachait des vices dont la première occasion fit éclater les tristes conséquences! Les 200 000 barbares, maîtres de l’Italie, fiers de leur force, supportaient difficilement le respect qui leur était ordonné pour les vaincus, et les impôts qu’ils devaient payer comme eux à leur chef commun. Malgré les nombreuses lois portées contre les Goths qui violaient les propriétés des Romains, ce crime se renouvelait souvent, et Théodoric avait besoin de rappeler qu’il n’était point affranchi lui-même de l’impôt, pour y plier ses compagnons. De leur côté, les Romains n’oubliaient point, malgré tous les ménagements, qu’un barbare, un arien, les avait conquis et les tenait sous le joug d’une sorte d’aristocratie militaire. Théodoric d’ailleurs en conservant toute l’administration politique et civile des Romains, n’avait fait que continuer les traditions du despotisme impérial, d’autant plus odieux aux anciens habitants qu’il était exercé par un étranger.

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