LIVRE XIII
L’Empereur et le roi d’Espagne, apaisés par cette cruelle satisfaction, consentirent, en 1631, à la paix de Gherasco. Dans l’état où ils l’avaient mis, ils crurent pouvoir laisser au Français Charles de Nevers son héritage, en détachant seulement quelques indemnités pour les ducs de Savoie et de Guastalla. La maison de Gonzague-Nevers prit possession du duché au milieu du deuil du pays. Le Mantouan avait été tellement désolé par les Allemands etpar la peste, le nouveau duc lui-même était dans une telle détresse, qu’il fallut emprunter des troupes à Venise pour occuper les places fortes.
La catastrophe terrible de Mantoue acheva de décourager les Italiens. Urbain VIII lui-même ne songea plus qu’à satisfaire son ambition personnelle. En 1633, à la mort de François-Marie, duc d’Urbin, en vertu d’un certain droit de dévolution alors fort en usage, il envahit le petit duché. En vain le duc de Toscane réclama au nom de sa femme, Victoria; les mesures avaient été si bien prises, que les sept villes et les soixante et dix châteaux du duché furent occupés en un clin d’œil. Le pape ne consentit à laisser à Victoria que les biens allodiaux, et, pour affermir sa conquête, conserva tous les privilèges des villes et châteaux, et laissa vivre Saint-Marin même de sa vieille et innocente liberté. La péninsule retomba dans l'indifférence et l’atonie du siècle précédent.
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Il n’y eut guère alors non plus de prospérité matérielle ou morale qui pût consoler l’Italie de tant de faiblesse ou d’agitations stériles. Venise faisait encore presque seule le commerce du Levant. Ferdinand II entretenait pendant son règne l’agriculture et l’industrie de la Toscane. Sous lui, on fabriquait chaque année à Florence pour trois millions d’écus d’étoffes de soie, de tissus d’or, d’argent et de serge. Les ducs de Savoie commençaient à faire de leur petit Etat une puissance toute militaire et italienne. Gênes
onservait encore le commerce des côtes de l’Espagne et celui de l’Afrique.
La capitale des États de l’Église avait encore tous les dehors de la grandeur et même d’une prospérité croissante. Chaque pape mettait sa gloire à éterniser son nom dans un nouveau monument. Une noblesse ancienne, nombreuse, brillante, y rivalisait de luxe et d’éclat : les Savelli, les Conti, les Orsini, les Golonna, lesGaetani. Depuis que les papes avaient cessé de créer des principautés à leurs neveux, pour leur faire partager leur puissance et leur prodiguer les revenus de l’Église, une noblesse nouvelle, les Aldobrandini, les Borghèse, les Ludovisii, les Barberini, surpassaient encore l’ancienne en opulence et même en fierté.
Mais à comparer aux siècles précédents, quelle décadence! Venise, supplantée par les Portugais, n’avait plus le monopole du commerce des Indes; bravée en face même des Lagunes par les Uscoques, elle n’était plus la reine de l’Adriatique. Dans la Toscane, si Florence brillait encore, qu’étaient devenus Pise, Arezzo, Lucques, Pistoie? A Rome, à l’avénement d’Urbain VIII, la dette s’élevait déjà à dix-huit millions de scudi ; elle atteignait, à la fin do son règne, trente millions, somme énorme pour le temps; et une population écrasée d’impôts et misérable, des villes ruinées, des campagnes négligées, commençaient à faire un triste contraste avec l’éclat des maisons princières. Des notes des ambassadeurs vénitiens, en 1621, constatent déjà cet état de décadence, qui depuis ne s’est guère arrêtée. Bologne, Ferrare, devaient encore quelque éclat à leurs palais, Ancône à un reste de commerce avec la Turquie, mais les autres villes étaient tombées bien bas; Varia cattiva commençait à faire de la campagne de Rome un désert.
La domination espagnole avait fait pis encore. Elle avait altéré l’humeur nationale, les coutumes traditionnelles de l’Italien. La noblesse commença à se tenir à part ; les titres, assez dédaignés auparavant, furent vivement recherchés et appréciés. L’aristocratie n’eut plus aucun intérêt