LIVRE XIII
lini, dans lo Scherno degli Dei (la Moquerie des Dieux), traîna dans la boue de la Toscane les dieux de l’Olympe, sans garantir des éclaboussures l’Eglise catholique. La poésie se sentant épuisée, faute d’aliments, appela la musique à son aide, et devint comme sa servante dans l’opéra, seule création originale peut-être du dix-septième siècle; encore l’opéra ne fut-il guère, avec Ranucci et Apostolo Zeno, qu’un art dans l’enfance.
Le génie des Italiens ne se fit jour, dans ce triste sièclo des seicentisti, que là où on lui laissa la licence, dans les époques de carnaval et dans la Comedia dell’ arle, ce véritable carnaval de l’art dramatique. A Rome, à Venise, à Milan, à Naples, les fêtes de la folie prirent alors un grand développement et atteignirent leur perfection. Quand sonnait enfin la courte trêve de ce long jeûne de la liberté, l’imagination italienne, avec toutes ses ressources, avec toute sa vivacité, prenait une éclatante revanche. Quelques-uns de ces personnages qui survécurent au carnaval constituèrent même la Comedia dell’ arte, ou comédie populaire, et des types ambulants, Pantalon, le naïf marchand; Balanzoni, le procureur; Spavento, le capitan espagnol; Brighella, l’intrigant, et les célèbres Arlequin et Polichinelle, conservèrent souvent le privilège d’une originalité tous les jours plus rare.
Dans les arts plastiques, les artistes, grâce à une profonde connaissance de la pratique, laissèrent encore d’étonnantes productions, quoique d’un ordre inférieur. Hommes de main avant tout, faisant facilement et vite, ils suppléèrent à l’inspiration par la recherche, et s’écartèrent de la simplicité pour tomber dans le mauvais goût. Bernini, architecte, peintre, sculpteur, comme avait été Michel-Ange au siècle précédent, entoura la place Saint-Pierre de cette merveilleuse colonnade qui fait un si digne vestibule à la première église du monde ; mais il nuisit considérablement à l’effet intérieur de la coupole en y élevant un lourd maître-autel composé de colonnes torses surchargées de franges, de festons, de volutes, et qui est comme un petit temple dans le grand. Après lui Boro-
mini, dans l’architecture, commença à briser les lignes, à bouleverser, à superposer les ordres comme dans Saint- Jean de Latran et dans la façade de Sainte-Agnès.
Dans la peinture, on voyait finir alors les grands artistes religieux suscités par la recrudescence catholique do la fin du siècle précédent, les Carrache, le Dominiquin, le Guido. Après la Judith du premier et les Apôtres du second, le Guerchin, peintre d’humeur pacifique et bon croyant, suivit cette voie dans son Agar, son saint Jérôme, son A nnonciation. Mais le mépris de la règle et de la tradition, la libre allure, la fantaisie, la touche facile et expéditive surtout, furent le caractère général de ses contemporains et de ses successeurs. Michel-Ange-Caravage donna plus particulièrement dans le bizarre, l’Albano dans l’afféterie, le chevalier d’Arpino dans l’idéal; un peu plus tard Salvator Rosa, peintre et poète, dans le fantastique ; Giordano dans le gigantesque ; tous cependant avec une incontestable habileté.
Innocent X; Mananlcllo ; lutte de lu France et de l’Espagne en Italie (tUt-lttl).
Le cardinal de Richelieu, en 1635, tâcha d’arracher décidément l’Italie à son apathie, et de l’enlever à la domination espagnole. U avait dompté en France la noblesse et le parti protestant; il prenait maintenant la conduite de la guerre de Trente ans et entrait en lutte contre la maison austro-espagnole. La délivrance de l’Italie était le coup le plus sensible qu’il pût lui porter. Il voulut former une ligue de tous les États indépendants contre l’Espagne. Malheureusement Urbain VIII était encore dans le plus grand découragement; et tous les princes italiens, persuadés que la France n’avait que des vues intéressées, ne songèrent au milieu de la lutte qu’à leurs petites haines et aux objets de leur mesquine avidité.
Richelieu, pour la conquête du Milanais, ne put réunir, par le traité de Rivoli, que les ducs de Savoie, de Parme et de Manloue. Le gouverneur du Milanais, marquis do