LIVRE XIII
Léganès, n’eut qu’à mettre le pied (1637) sur le territoire de Plaisance pour désarmer le faible Édouard de Parme. L’année suivante la mort le débarrassa de ses deux autres ennemis, Charles Ier de Gonzague, duc de Mantoue, et Victor-Amédée de Savoie. La veuve du premier, Marie, ne cherchant qu’à assurer à son fils une succession si contestée, se mit immédiatement sous la protection de la coui de Madrid; la seconde, Christine, princesse toute Française, eut assez à faire de défendre son fils contre ses deuA frères, Thomas et Maurice, l’un soldat au service de l’Espagne, l’autre cardinal dévoué à l’Autriche.
Le marquis de Léganès, ainsi favorisé, envahit le Piémont et marcha au-devant de l’armée française, conduite par le cardinal La Valette. La duchesse de Savoie fit au moins preuve d’un grand courage : assiégée dans Turin par ses deux frères qui avaient déjà saisi Ivrée, prise entre les Espagnols et les Français, elle refusa des secours do ses ennemis et de ses amis, pour ne point compromettre l’avenir de son fils (1639). La tentative de Léganès surCasale, dans le Mantouan (1640), secoua un instant l’indifférence de l’Italie. Le pape et Venise menacèrent d’envahir le Milanais; le général français d’Harcourt en profita; il prit Ghiari et délivra Turin et Gasalc. Mais c’était tout ce que voulaient Urbain VIII et la république ; ils cessèrent ensuite d’appuyer la France.
Le pape trouva plus urgent de se saisir de Castro sur le duc de Parme, pour garantir ses créances. Édouard, excommunié pour ses réclamations, envahit le territoire de Rome et n’eut pas de peine à réunir contre le pape les Médicis, les d’Este et Venise. Rome fut assiégée aux applaudissements des Espagnols, qui ne pardonnaient point à Urbain ses velléités d’indépendance, et le péril fut si grand que le pape toucha aux réserves amassées par Sixte-Quint au château Saint-Ange (1642).
Le gouvernement français parvint à terminer ces divisions, aussi funestes à l’Italie qu’à ses propres intérêts. En 1643, il fit la paix entre la duchesse régente de Savoie et ses deux frères, qui reçurent eu apanage les doux villes de
Nice et d’Ivrée. En 1644, il obtint du pape l’absolution du duc de Parme, à la condition que celui-ci donnerait de bonnes garanties à ses créanciers. C’était un acheminement vers une ligue générale contre l’Autriche; la mort d’Urbain VIII la fit encore échouer. Le parti espagnol parvint à porter au saint-siège Innocent X (Pamfili), dont le premier soin fut de faire rendre gorge aux Barberini, partisans français, et de les jeter en exil. Le cardinal Mazarin, successeur de Richelieu, fut obligé comme celui-ci d’user de violence pour pousser les Italiens contre les Espagnols. Il n’avait plus rien à gagner au Nord, où le' Piémont était tout à fait débarrassé des troupes de Léganès ; une flotte française, armée à Marseille, vint agir sur le centre. Le grand-duc de Toscane, toujours porté pour l’Espagne, fut forcé de signer un traité de neutralité; le pape, sous les mêmes menaces, rappela les Barberini et donna un chapeau de cardinal à la maison d’Este, bien disposée pour la France. L’île d’Elbe, Piombino et Porto- Longone, dans les Présides , furent arrachés aux Espagnols.
Deux révoltes, qui éclatèrent tout à coup (1647) contre la monarchie espagnole, faillirent encore plus l’ébranler.
Philippe IV, tenu en haleine par la France, était obligé de beaucoup demander à ses sujets ; les vice-rois, pour se aire bien venir, mettaient taxes sur taxes en Sicile et à Naples. Bientôt le mécontentement fut général; et comme on comptait sur les secours de la France, on s’enhardit à passer du blâme à la révolte. Palerme d’abord, toujours la première quand il s’agit de secouer la domination étrangère, se souleva. Le peuple assiégea les hôtels de la douane et de la monnaie, brûla les registres, et, sous un certain Giuseppe d’Alesio, batteur d’or, résolut d’établir un gouvernement populaire, et de soulever le reste de l’île. D’autres mouvements eurent lieu à Catane, à Termini, à Agrigente; mais Messine refusa de prendre part au soulèvement qui fut bientôt cerné dans Palerme. Giuseppe d’ailleurs, renié déjà par quelques-uns des siens dont il comprimait les violences, et calomnié par les BIST, d’italie. 26