‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 205 sur 338 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

dosser, se rendit à cheval au milieu de l’enthousiasme des lazzaroni, auprès du vice-roi, pour dresser le traité. Avant d’entrer dans le château il recommanda au peuple de garder ses armes, de mettre le feu au château, s’il tardait trop à se montrer, et de lui faire la grâce d’un ave Maria, s’il ne revenait pas. Le traité signé, il le rapporta, le lut, le commenta lui-même au milieu d’une cérémonie solennelle devant les portes de la cathédrale. Le diplôme régulier de capitaine général lui fut délivré comme garantie du traité; il refusa cependant le collier d’or de trois mille ducats qui y était joint, résolu à redevenir pêcheur comme devant, aussitôt que la ratification serait arrivée d’Espagne.

Mais cette succession rapide d’événements, ce brusque

Ï>assage d’une pauvreté honnête et gaie à la richesse, et de a révolte à un triomphe inouï, peut-être quelque breuvage, s’il faut en croire la tradition populaire, altérèrent promptement la raison du capitaine général. Exposé aux tentations et aux flatteries perfides de quelques-uns, aux résistances et à la jalousie des autres, condamné à l’exercice d’un pouvoir qui ne lui convenait pas, il se montra tout à coup violent dans ses répressions, fier dans ses exigences, extravagant dans toute sa conduite, et le peuple même s’éloigna de lui. Frappé davantage encore par cet abandon, Mazaniello se comporta comme un insensé; il jetait des poignées de sequins à la mer et s’écriait : « Je suis le monarque universel et je ne suis pas obéi. » C’était là où on l’attendait. Quelques assassins surprirent le malheureux comme il venait de recevoir la communion dans le couvent del Carminé ; ils le tuèrent à coups d’arquebuse et portèrent sa tête au palais du vice-roi, au milieu des applaudissements ou de l’indifi'érence de ce peuple quelques jours encore auparavant ivre de sa personne.

Mazaniello mort, le vice-roi eut le tort de croire, tout fini ; le rétablissement de la taxe du pain rappela bientôt au peuple celui qu’il avait perdu. La foule en masse se porta au lieu infâme où l’on avait jeté le corps de celui qu’elle avait idolâtré; elle l’en tira, le promena par la ville, força le clergé, les troupes, les gens du vice-roi, à l’aceom-

pagner, et chanta dignement l’aue Maria qu’il avait demandé. Le bruit se répandit même que la voixdeMazaniello s’était fait entendre, et que sa main avait béni en signe do remerciements. Au sortir de la cérémonie on se porta contre le palais du vice-roi ; la bourgeoisie donna cette fois pour chef au mouvement François Toralto , seigneur populaire et plus expérimenté. Le vice-roi gagna du temps jusqu’à l’arrivée de don Juan. Celui-ci n’obtint pas davantage en tournant ses canons contre la ville. Les Espagnols furent deux fois repoussés, et les Napolitains résolurent de secouer tout à fait le joug de Philippe IV. François Toralto, qui ne paraissait pas assez décidé, fut tué. Un armurier, Gennaro Annese, qui s’était distingué dans la défense de la ville, fut nommé capitaine général. Les emblèmes espagnols furent arrachés, la république proclamée; Annese appela à la révolte les autres villes d’Italie, et convoqua leurs députés à Naples pour y prendre des résolutions communes, et imiter l’exemple récent des Hollandais.

Ce mouvement arrivait à souhait pour seconder les desseins de la France. Mazarin était déjà parvenu à entraîner le pape dans son -parti, en gagnant sa belle-sœur Olympia Maidalchina, qui gouvernait alors despotiquement la cour pontificale. Il décida le duc de Modène par la promesse d’un subside et de quelques secours contre le gouverneur de Milan. En Savoie, où la duchesse évitait de trop se compromettre vis-à-vis de l’Espagne, il chercha à assurer l’influence au prince Thomas qui lui était maintenant dévoué; enfin, il envoya des secours aux Napolitains et leur fit agréer comme chef le duc de Guise, dont la famille avait toujours eu des prétentions sur le royaume do Naples.

Henri de Guise, déclaré général de la république royale de Naples, se rendit au milieu des Napolitains, assez mal accompagné, mais annonçant l’arrivée de nombreuses troupes françaises. C’était le moment où Mazarin faisait avec l’empereur d’Allemagne la paix do Westphalie. La cour de Madrid restait seule en face de cette ligue formidable. Rien cependant ne réussit; l’ambition et la jalousie

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