‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 206 sur 338 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

divisaient les ennemis de l’Espagne. Les nobles à Naples s’étaient prononcés contre le mouvement, en haine d’Annese. Guise ne travaillait que pour gagner la couronne de Naples; l’ambassadeur français, qui s’en doutait, ne lui prêtait qu’un faible appui. Gennaro Annese se défiait et de Guise et de l’ambassadeur, qui cherchaient à s’appuyer sur la noblesse; plutôt que de voir succomber la république sous leurs intrigues, il penchait à retourner à l’Espagne. Mazarin, enfin, au moment où il aurait pu tourner son attention vers les affaires d’Italie, vit éclater la guerre civile de la Fronde.

Le comte Ognate, nommé vice-roi à la place du duc d’Arcos, mit habilement à profit les divisions de l’ennemi. Il gagna par des concessions Gennaro Annese et son parti, battit dans une sortie le duc de Guise auquel Annese ferma les portes de la ville, et, une fois maître du fort Torrione del Carminé, ne ménagea plus rien. Il rétablit en effet, à quelques adoucissements près, le despotisme traditionnel de l’Espagne, prononça, malgré l’amnistie, un grand nombre de confiscations et d’exécutions dont Gennaro Annese fut victime lui-même, et reçut vivement Thomas de Savoie, arrivé pour soutenir le mouvement quand tout était fini.

Toute la conspiration contre l’Espagne fut frappée, par contre-coup, dans le reste de la péninsule. Le duc de Modène, François, qui avait d’abord attaqué le gouverneur de Milan, demanda la paix, et reçut garnison espagnole. A Rome, une autre dona Olympia, épouse de Camillo, fils de Maidalchina, rivale de sa belle-mère, ramena dans le parti espagnol un pape toujours prêt à subir un joug singulier, surtout à la cour pontificale. Dans la Savoie, Christine, en dépit de Thomas, assura le pouvoir à son fils majeur, Charles-Emmanuel II; le duc Ferdinand de Toscane aida les Espagnols à reprendre Piombino et Porto- Longone, en échange de la ville de Pontrémoli qu’il convoitait depuis longtemps (1651). Enfin le gouverneur de Milan, Caraccna, en 1653, entraîna décidément Charles II, de Mantouc, dans le parti espagnol, et s’empara avec lui

L’iTALIE HISPANO-AUTRICHIENNE. 407

de l’importante place de Gasale toujours occupée par une garnison française.

Mazarin ne put agir en liberté contre l’Espagne que lorsqu’il fut délivré de la guerre de la Fronde. En 1654, Olympia Maidalchina, plutôt, il est vrai, par haine contre sa belle-fille que par amour pour les Français, ourdit de nouvelles intrigues et reprit le pouvoir. En 1656, Guise, à la tête de quelques vaisseaux rassemblés dans la Provence, surprit Castellamare, et tenta d’emporter Naples. Mais les victoires de Turenne, dans les Pays-Bas espagnols, firent bien plus, sinon pour renverser la domination espagnole, au moins pour rétablir l’influence française dans la péninsule. En 1658, Mazarin protégea le duc François de Modène, avec une armée mise sous les ordres de Thomas do Savoie, contre le gouverneur de Milan, le duc de Mantoue et l’empereur lui-même. En 1659, à la paix des Pyrénées, il fit rendre au duc de Savoie Verceil ; il obtint le pardon du duc de Modène, régla entre les Farnèse et le saintsiège l’affaire toujours pendante de Castro, et exigea une amnistie pour les délits politiques dans le royaume do Naples. L’Italie, à part ces faibles concessions, ne gagna pas plus cependant aux traités qu’à la guerre.

Alexandre VU et Clément IX ; Charles-Kmmaniiel II de Piémont et Ferdinand II de Toscane ; guerre de Candie (t«Se-I«9&).

A la mort de Mazarin, tout était prêt pour donner, avec Louis XIV, un grand règne à la France. Celle-ci n’avait même plus besoin de l’Italie pour être puissante. C’était un danger pour la péninsule. Les souverains de l’Italie ne parurent pas s’apercevoir des changements qui se préparaient en Europe.

A la mort d’innocent X, en 1656, un nouveau parti formé des cardinaux qui ne voulaient écouter que leur conscience, l’escadron volant , comme on l’appelait, en se portant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, força les partis espagnol et français à renoncer à leurs prétentions et fil

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