LIVRE XIII
élire le cardinal Chigi, recommandable par sa vertu et son mérite, qui prit le nom d’Alexandre VIL
Le nouveau pape parut d’abord marcher dans la voie que lui indiquait suffisamment son élection. Il interdit à ses neveux de venir à Rome, il prit pour secrétaire l’historien, tout romain, du concile de Trente, Pallavicini, aussi ennemi de l’ambition temporelle des papes que défenseur ardent de la suprématie spirituelle du saint-siège. Il laissa le soin des affaires temporelles à la congrégation d’Ètat et fixa les conditions d’entrée et d’avancement dans les fonctions publiques. Mais bientôt il démentit les premières espérances qu’il avait fait concevoir; il combla ses parents de biens et laissa son propre frère s’enrichir en vendant la justice dans le Borgo. L’austère Pallavicini interrompit la biographie du pape à la vue des scandales dont il avait d’abord espéré la fin, et une opinion trèsdéfavorable au gouvernement ecclésiastique commença à se répandre en Italie.
La dette de l’État, toujours augmentée par les emprunts, s’éleva à cinquante-deux millions d’écus ; l’administration fut plus mauvaise que jamais et la misère croissante. Les plaintes montèrent jusqu’au saint-siège : « Ce sont là des fléaux, très-saint père, » dit le cardinal Sacchetti en s’adressant à Alexandre VII, « pires que les plaies des Hébreux en Égypte. Des peuples qui n’ont pas été conquis par l’épée, mais qui sont venus sous l’autorité du saintsiège par des donations de princes ou par une soumission volontaire, sont traités plus inhumainement que les esclaves en Syrie ou en Afrique. Ce sont de ces choses qu’on no peut voir sans verser des larmes. » L’esprit catholique, réveillé par le danger à la fin du seizième siècle à la cour de Rome, semblait lui-même entraîné avec le reste à la fin du dix-septième. Pallavicini, le dernier successeur des Baronius et des Bellarmin, mourut négligé; les travaux théologiques furent suspendus ; après Girolamo de Narni, on n’entendit plus à Rome de bons prédicateurs.
Une faute du pape Alexandre VII acheva au dehors la déconsidération politique du saint -siège. Contrarié
dans ses desseins sur Castro par la paix des Pyrénées, Alexandre VII affichait un tel ressentiment contre l’ambassadeur français, duc de Créqui, que la garde corse du pape, en 1662, se crut autorisée à faire insulte au représentant de Louis XIV, protecteur naturel alors du saintsiège. Le grand roi demanda impérieusement réparation, et les vaines parades de résistance du pape, qui rassembla des soldats et en passa lui-même la revue sur le Monte- Mario, ne firent que rendre son humiliation plus profonde. Le grand-duc de Toscane rappela le pape au sentiment de la réalité par de tristes et sévères paroles. Alexandre VII fut obligé de licencier sa garde, de faire des excuses à l’ambassadeurj et d’élever une colonne en souvenir de la réparation. Un contemporain put dire avec raison que « le saint-siège, sans un miracle patent, ne se relèverait point de cette faute et de ce châtiment. »
Sous le pacifique duc de Toscane, Ferdinand II, Florence reprit quelque prospérité; il y attira, par ses brillantes fêtes, tous les personnages de marque, et sa cour devint une véritable école de galanterie, où l’on se donna rendezvous pour y goûter les plaisirs délicats et y apprendre les belles manières. Ferdinand rendit encore à la Toscane un service plus sérieux : Florence, qui avait été le berceau des lettres modernes au seizième siècle, devint le berceau des sciences au dix-septième. Les sciences mathématiques et physiques furent cultivées avec autant d’enthousiasme que l’avait été précédemment la littérature. Toricelli, le disciple chéri de Galilée, fit les premières expériences fondamentales pour l’étude des liquides et des gaz; Borelli réduisit les éléments de l’ancienne géométrie à deux cents propositions, et toucha presque la vraie théorie des comètes ; Viviani étudia la résistance et la mesure des solides. Le grand-duc de Toscane lui-même et son frère le cardinal Léopold inventèrent et perfectionnèrent des instruments pour l’étude des phénomènes naturels. Us mettaient à la disposition des savants un local dans le palais Pitti, et les réunissaient en société sous le nom d’Académie del Cimento. Cette louable impulsion, donnée par Ferdinand