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LIVRE XIII

aux sciences, n’était peut-être pas alors le plus pressant, surtout le seul besoin de l’Italie. Il chercha cependant aussi à assurer une puissante alliance à son fils Cosme, en lui faisant épouser une princesse française, Marguerite- Louise, fille du duc d’Orléans.

Le duc de Savoie, Charles-Emmanuel II, fidèle aux exemples de ses prédécesseurs, donna à ses efforts un caractère plus politique. Il continua à tenir une forte armée sur pied. Il jeta à Turin les plans de ces utiles, mais quelquefois monotones monuments qui annonçaient la capitale d’un État réservé à de plus hautes destinées; il centralisa l’administration de son duché, et, pour en réunir les deux parties, commença à faire percer ce beau chemin de la Grotte , qui mène de Lyon à Turin par les Echelles.

La république de Venise montra à cette époque que toute puissance, tout héroïsme, n’étaient pas éteints chez elle, mais dans une guerre particulière, qui lui ôta tout pouvoir de songer aux intérêts généraux de la péninsule. Attaquée dans toutes ses colonies, dans l’Adriatique, dans la Dalmatie, par les Turcs, qui voulaient isoler Candie, elle en était venue à demander au pape la dîme des biens ecclésiastiques, à vendre les titres de noblesse et l’entrée au grand conseil (1663). Tous les citoyens firent leur devoir; laïques et religieux, hommes et femmes, offrirent au trésor les trois quarts de leurs bijoux, de leur vaisselle d’or et d’argent. Les Morosini et les Mocenigo ajoutèrent à ces sacrifices, à ces dévouements, toutes les ressources de l’habileté et du courage; à Naxos, à Chio, à Lemnos, àGos, dans les Dardanelles, au golfe de Lépante, partout dans ces parages, sur terre et sur mer, le sang chrétien et le sang musulman furent versés à flots. Venise eût peut-être accompli contre les Ottomans les plus grands desseins, si elle avait pu compter sur le reste de la chrétienté; mais secourue faiblement, et presque toujours en secret, même par le pape et l’Autriche, elle commençait à sentir qu’elle ne sauverait que son honneur.

Après la mort d’Alexandre VII, Clément IX, homme d’excellentes intentions, quoique manquant un peu d’éner-

gie, élu par l’influence de l 'escadron volant (1667), tenta de faire de la lutte particulière des Vénitiens contre les Turcs une affaire nationale, chrétienne même.

Genl-trente mille scudi furent envoyés à la république de Venise par le trésor pontifical. Sur les pressantes invitations du pape, le grand-duc de Toscane, les ducs de Savoie et de Modène, Lucques, firent passer de l’argent, des munitions et des soldats à Candie. Clément IX supplia toutes les cours de la chrétienté de tenter quelque chose en faveur de Venise ; mais il n’obtint que du roi de France, et encore sous pavillon pontifical, l’envoi d’une flotte in- 1 suffisante. Le 27 septembre 1669, la ville de Candie capitula et Venise fit la paix. La chute de cette ville chrétienne porta un coup terrible au pape. Il mourut trois jours après en avoir reçu la nouvelle.

Cette guerre de Candie, comme l’insurrection de Mazaniello, ne fut qu’un glorieux épisode dans la terne stérilité du dix-septième siècle. Après de longues discussions entre les Chigi et les Barberini, un vieillard de quatre-vingts ans, Clément X, élu après le désistement des deux partis, donna de nouveau l’exemple de prodiguer ses faveurs et les biens de l’Église à ses neveux. Le duc de Mantoue, Charles IV, qui avait succédé à son père en 1665, héritier des vices de sa famille, continua à dissiper l’argent de ses États en fêtes , perdit , par l’excès de la débauche , l’espoir d’avoir des enfants, et réveilla les prétentions et les intrigues de la maison d’Autriche sur le Montferrat. Après la mort de Ferdinand II, Cosme III était loin d’avoir les mêmes talents. Ennemi des lettres, étroitement dévot, il rompit avec les habitudes libérales de son père ; un faste excessif et une piété exagérée changèrent tout le caractère de sa cour. L’académie del Cimento se dispersa. Le mariage que le nouveau duc Cosme III avait contracté avec Marguerite-Louise, fille du duc d’Orléans, ne réussit point. , La fière et élégante princesse ne cachait point son mépris pour son époux et pour sa couronne ducale. Cosme, méfiant, jaloux, rendait encore ses regrets plus amers. On en vint à une rupture éclatante; pour mettre fin à des dis—

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