LIVRE XIII
cordes qui cessaient d’ètre domestiques, la grande-duchesse quitta la Toscane et alla s’enfermer dans un couvent à Montmartre; fâcheuse cause de dissentiment entre la cour de Florence et la cour de France !
Innocent XI ; révolte de JleMlne ; bombardement de Cênee ; affaire et ruine de Casale (ISK-UOO).
Les circonstances extérieures sollicitaient cependant de temps en temps davantage l’attention des souverains de la péninsule. Sous le règne du moribond Charles II, dernier descendant de Charles-Quint, la monarchie espagnole tombait visiblement en décadence ; à chaque grand traité de paix, depuis 1648, elle perdait une de ses provinces. La France de Louis XIV, au contraire, couvrait l’Europe de son ombre. Elle était si grande, même, que les autres souverains du continent se liguaient alors contre elle (1674) pour lui arracher la Hollande. Les maîtres de l’Italie ne surent profiter ni de la grandeur de la France, ni de l’affaiblissement de l’Espagne ; faute de s’entendre et de se décider à temps pour l’une ou pour l’autre, afin d’en obtenir quelque chose, ils furent victimes de toutes deux.
Le nouveau pape Innocent XI (1675), homme austère et intègre, donna au gouvernement intérieur des Etats pontificaux une direction hardie et heureuse. Il renonça complètement au népotisme et abolit un grand nombre de places qui n’avaient été créées que pour le besoin des titulaires; il rétablit l’équilibre des finances à la veille d’une banqueroute. Mais, dans sa politique extérieure, fidèle au parti qui l’avait élevé, il aggrava les difficultés de la cour de Rome et du gouvernement français. Les autres ambassadeurs étrangers avaient renoncé, à Rome, au droit d’asile, qui était une grande source d'abus. Il poussa trop vivement un souverain qui prétendait servir d’exemple aux autres et non les imiter.
Louis XIV trouva toute l’Italie soumise à l’influence austro-espagnole, quand il voulut la soulever. L’occasion était belle, cependant : les Messinois, pour défendre leurs
•vieux privilèges contre leur vice-roi, étaient en pleine révolte depuis 1674. Maîtres de leur ville dont ils avaient chassé les Espagnols, ils leur opposaient une vigoureuse résistance. Louis XIV tenta vainement de rendre l’Italie solidaire de ce mouvement: l’envoi, en 1675 et 1676, d’une flotte considérable sous le commandement de Duquesne, trente millions dépensés dans cette entreprise, la promesse faite aux Siciliens de les laisser libres de se choisir tel roi national qu’ils voudraient, enfin les trois victoires de Stromboli, d’Agosta et de Païenne, n’y firent rien. L’Italie resta neutre ou hostile, comme le pape. CosmelIIne voulait plus rien avoir à démêler avec cette cour qu'il connaissait trop par sa femme Marguerite-Louise. Après la mort de Charles-Emmanuel II, la Savoie était gouvernée par une femme, sous la minorité de Victor-Amédée IL Louis XIV finit par abandonner la courageuse cité aux ressentiments et aux vengeances de l’Espagne, sans rien stipuler pour elle à la paix de Nimègue, signée en 1678.
L’Italie ne sut pas davantage opposer l’Autriche aux ressentiments de la France. En 1679, Louis XIV, profitant des craintes que la maison d’Autriche inspirait à Charles IV deMantoue, entamait des négociations avec lui pour se faire livrer l’importante place de Casale. Le cabinet autrichien, pour défendre l’Espagne et rendre quelque vie politique à l’Italie, proposa aux Etats italiens de former une ligue. Il ne fut point écouté. Le pape resta comme auparavant brouillé avec Louis XIV, à propos du droit de franchise et de quelques autres difficultés ecclésiastiques, mais sans rien entreprendre contre lui. Le jeune duc de Savoie, Victor-Amédée, et le duc de Toscane, se laissèrent fasciner par Louis XIV. Le duc de Modène, comme celui de Mantoue, oubliait les intérêts de l’Italio dans les plaisirs publics et secrets de l’opéra, qui faisait alors fureur en Italie. Venise ne songeait qu’à prendre une revanche sur les Turcs ottomans. L’Italie endormie vit sans s’émouvoir le duc de Mantoue autoriser le général français Gatinat à mettre garnison dans la citadelle de Gasale (1681). Les princes renoncèrent même à user de cette vieille politique