‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 210 sur 338 · LIVRE xm · texte numérisé non relu

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de bascule dont, après tout, la péninsule avait toujours été la victime. Arrivés au dernier degré de l’affaissement, ils parurent vouloir attendre le dernier coup sans s’inquiéter s’ils le recevraient de la France ou de l’Espagne.

Gênes et le saint-siège seuls, ostensiblement fidèles à l’Espagne, portèrent la peine de la neutralité des autres États. Les Génois cherchaient à gêner l’approvisionnement de la citadelle de Casale. Louis XIV demanda des explications et, sur le refus du Sénat, envoya contre la république le marquis de Seignelay. La flotte française vint se ranger devant le port de Gênes, et pendant quatre jours fit pleuvoir sur la ville une grêle de boulets, jusqu’à ce que le doge consentît à aller implorer à Versailles la clémence royale (1684).

Innocent XI, menacé dans sa puissance spirituelle par la déclaration de 1682 sur les libertés de l’Église gallicane, ne cédait pas un pouce même sur le droit d’asile. Louis XlV envoya l’ambassadeur marquis de Lavardin prendre possession de l’hôtel de l’ambassade, à la tête d’une troupe armée; en 1687, il fit saisir Avignon, ainsi que le comtat Venaissin, et abrégea par ces tracasseries les jours du pontife.

La guerre qui éclata l’année suivante, entre la ^France et l’Europe, ne secoua pas davantage la léthargie italienne. Venise venait de recommencer sa lutte contre les Turcs; après avoir gagné par plusieurs victoires navales Coron, Modon, Lépante, Athènes, Thèbes, elle se croyait sur le point de saisir la Morée, et ne voulait point lâcher prise pour se jeter dans une guerre péninsulaire. Le nouveau pape Alexandre VIII, satisfait de quelques concessions de Louis XIV, qui voulait diminuer le nombre de ses ennemis, se radoucit au moment où sa résistance pouvait être utile. Victor-Amédée seul fit alliance avec les ennemis de la France; mais la petite guerre qui eut lieu en Italie ne fut qu’un épisode de la grande guerre de la ligue d’Augsbourg, qui agita toute l’Europe. La péninsule en connut les misères sans en concevoir aucune espérance.

La première victoire remportée par le général français

Catinat sur Victor-Amédée II, à Staffarde (1690), amena à la suite du général autrichien le célèbre prince Eugène de Savoie, le fléau des armées allemandes et des contributions de guerre. Casale fut assiégée par le prince Eugène et le Montfcrrat ravagé. Les États de l’Italie, mis à contribution par leur suzerain l’empereur, durent payer : Mantoue, cinq cent mille scudi; Modène, quatre cent quarante mille; Parme, deux cent soixante et dix mille; Lucques, quarante mille; le grand-duc de Toscane, cent trois mille. Louis XIV tenta de profiter du mécontentement causé par ces exigences impériales, pour réunir les princes italiens dans une ligue contre l’Autriche. Le pape Innocent XII, successeur d’Alexandre VIII, homme tout religieux, déclina toute participation au plan proposé, ne recherchant que la paix en Italie pour pouvoir aider Venise contre les Turcs. Le grand-duc de Toscane en fit autant. L’Italie continua à rester désintéressée dans la guerre faite sur son territoire, et en partie défrayée avec son argent.

Catinat, en 1693, remporta la victoire do laMarsaglia sur Victor-Amédée, et fit ravager par une flotte les côtes de la Toscane; le prince Eugène pressa Casale et fit vivre scs bandes aux dépens du pays. Les princes italiens ne bougèrent pas. Tous les fléaux à la fois se déchaînèrent sur l’Italie comme aux plus mauvais jours, sans les toucher davantage. Le Vésuve, l’Etna surtout, jetèrent, comme en sinistre présage, des torrents de feu; plusieurs tremblements de terre désolèrent dans la même année la Sicile, la Toscane, les États de l’Église. Plusieurs princes moururent subitement : François II de Modène, pour laisser son duché à Renaud d’Este; Ranuccio II de Parme, après deux de ses fils, .pour faire place à François; le duc do Savoie, Victor-Amédée, tomba malade des fatigues de la guerre; l’héritier du grand-duc de Toscane, des fatigues du plaisir à Venise. Les bandits sortirent de leurs retraites dans les montagnes et se montrèrent hardiment dans les plaines et sur les grandes routes, comme les animaux malfaisants après un orage. Enfin, pour achever l’édifica-

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