‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 22 sur 338 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

La religion fut la pierre d’achoppement où vint se briser la fortune des Goths et le nouveau royaume d’Italie. Théodoric avait professé par la bouche de Cassiodore que « le souverain n’avait point d’empire sur la religion, parce qu’on ne pouvait forcer la croyance » ; et il avait fait respecter scrupuleusement la liberté de chacun. Mais un châtiment infligé à quelques orthodoxes exaltés, pour des violences exercées contre les juifs à Rome et à Ravenne répandit le mécontentement parmi les catholiques. Dans toutes les églises les prédicateurs crièrent à la persécution. La défiance se glissa peu à peu dans l’âme de Théodoric, et réveilla le barbare dans le roi d’Italie. Le port des armes fut interdit aux Italiens; les sénateurs soupçonnés de relations secrètes avec la cour de Byzance furent étroitement surveillés.

Théodoric, arien consciencieux, trouvait dans les circonstances des raisons de craindre pour la doctrine dont il était alors le seul représentant considérable. Il avait vu Clovis chasser avec les Visigoths l’arianisme de la Gaule; les Burgondes venaient d’abandonner leur vieille foi. Le célèbre Benoît de Nursie pénétrait alors , à quatorze ans (494), dans le massif des Apennins d’où s’échappe l’Anio, peuplait de ses disciples la solitude de Subiaco et jetait les bases de la règle des couvents. A son exemple, d’autres vont bâtir des chapelles dans des lieux ignorés où l’on échappe aux malheurs du temps. Sous le nouveau pape, Jean, esprit également ardent, l’orthodoxie devient plus jalouse. Rome enfin tournait ses regards avec plus de complaisance vers l’empereur orthodoxe de Constantinople.

Théodoric pouvait craindre qu’on ne fît servir la religion aux desseins de la politique. Il s’était toujours tenu en garde contre l’ambition de Constantinople. Un édit porté par l’empereur Justin contre ses sujets ariens, sans en exempter même les Goths auxiliaires, éveilla encore plus les regrets et les espérances des Italiens, mais excita au plus haut degré la colère du roi. Il fit partir en toute hâte pour Constantinople le pape et quatre sénateurs pour obtenir le retrait de l’édit, et, sur le refus de Justin, menaça

par représailles, d’interdire le culte orthodoxe en Italie. Si quelques vœux avaient été formés déjà pour le rétablissement de l’autorité impériale dans la péninsule, les menaces de persécution les rendirent plus ardents. Lorsque Théodoric apprit que le pape Jean, sans rien obtenir de Justin, le couronnait une seconde fois solennellement à Constantinople, il se crut trahi. Le sénateur Albinus fut accusé en plein sénat d’avoir espéré la liberté de Rome, et entretenu au nom du corps tout entier une correspondance coupable avec Justin; comme il se défendait, le personnage le plus illustre de l’Italie, Boëce, qui avait écrit récemment son livre de la Trinité contre les ariens, se leva pour réclamer sa part du crime d’Albinus. « Si Albinus est coupable dit-il, je le suis avec tout le sénat romain. »

Théodoric n’avait pas ménagé sa faveur à Boëce. Deux ans auparavant il avait fait élire dans une même année ses deux fils consuls. Cette opposition lui parut ajouter l’ingratitude au crime; il fit saisir l’illustre sénateur, comme coupable d’avoir adressé à l’empereur Justin une requête pour la délivrance de l’Italie ; il obtint sa condamnation du sénat tremblant, et le jeta dans la tour de Pavie où celui-ci écrivit son beau livre de la Consolation de la philosophie. Peut-être est-ce sur la lecture du premier des chapitres de cet ouvrage, que Théodoric tira cruellement Boëce de sa prison pour le livrer au supplice de la roue Peu de temps après, Symmaque, beau-père de la victime éprouva le même sort pour n’avoir pas su contenir sa douleur; et le pape Jean, au moment où il revenait de Constantinople, fut jeté dans une prison où il mourut.

La colère du barbare contint les Italiens; mais l’œuvre du roi Théodoric fut perdue. Lui-même, triste d’avoir tout compromis, tourmenté par le remords, poursuivi par de sanglarites images , il succomba peu de temps après à un accès de fièvre ardente (526), et sa mort fut le signal de a décadence de son royaume. On voit encore à Ravenne le tombeau qu’il s’était fait construire de son vivant, et dont le dôme énorme et massif, fait d’une seule pierre d'Istrie, suffit pourprouver que rien, dans l’architecture des Goths,

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