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LIVRE XIV

ne l’avaient jamais été les rois d’Espagne, surprit même dans les présides de Toscane San Stefano, Orbitello, et, se croyant l’arbitre de toute la péninsule, somma le duc de Parme et Plaisance de venir recevoir à Milan l’investiture de son duché; enfin il s’empara de Gommaccio dans les États de l’Église.

Le pape sortit, mais trop tard, de son indifférence. Il protesta contre la violation de son territoire, leva des troupes, fut battu, résista jusqu’au dernier moment et ne se résigna à reconnaître pour roi catholique Charles d’Autriche que le 15 janvier 1709, à onze heures du soir, en voyant les Impériaux, comme au temps du connétable de Bourbon, presque aux portes de Rome.

L’Italie, pour s’être abandonnée elle-même, fut livrée comme la rançon de l’équilibre européen, quand on fit la paix à Utrecht, en 1713. L’avénement de l’archiduc Charles à l’empire, en 1711, après la mort de Joseph Ier, reportait sur l’Autriche les craintes inspirées d’abord à l’Europe par la maison de Bourbon. Ce qu’on voulait maintenant, c’était empêcher la maison d’Autriche de réunir, comme au temps de Charles-Quint, l’empire allemand à la couronne d’Espagne. On y parvint en lui livrant la Péninsule. Le pape lui-même, qui avait des prétentions sur des pays dont on disposait, n’eut point à donner son avis. On adjugea à l’empereur ce qui avait appartenu à l’Espagne, le Milanais, Naples et la Sardaigne, sauf la Sicile, qui fut donnée à Victor-Amédée avec le titre de roi, convoité longtemps par ses ancêtres. Victor-Amédée II se hâta de prendre son titre nouveau. Il transmit à son fils celui de duc de Savoie, et alla recevoir solennellement la couronne de Sicile, à Palerme, des mains de l’archevêque. Il croyait avoir beaucoup obtenu, pour lui-même et pour l’Italie, par la formation d’un royaume italien qui tenai une partie des Alpes et de la mer. Mais l’empereur, avant d’accepter à Rastadt, en 1714, le traité d’Utrecht, eut bien soin de prendre encore ses garanties ; il se fit assurer la possession des présides dans la Toscane et confirmer celle du Mantouan, qui disparut du nombre des Etats libres.

Charles VI tint ainsi l’Italie, au dix-huitième siècle, dans une dépendance plus étroite que Gharles-Quint au seizième, et la Péninsule ne gagna à la guerre que d’avoir un roi national avec Victor-Amédée II, et dépasser, du despotisme épuisé et lointain de l’Espagne, sous l’empire de l’Autriche, encore toute-puissante et toujours à sa porte.

Création du royaume de Sardaigne pour 'Victor-Amédée II ; le duché de Parme aupprlmé, Itaplr* pnaae à un Bourbon, laTonranc à un Ilababourg (ltlt.llSS).

Victor-Amédée II, le plus puissant des souverains de l’Italie, éprouva combien cette nouvelle royauté, qu’il devait à une influence étrangère, était précaire.

En l’année 1717, le ministre de l’Espagne, cardinal Albéroni, homme d’une ambition hors de proportion avec les ressources de la monarchie de Philippe V, résolut de remettre en question ce que les traités de Rastadt et d’Utrecht avaient décidé. L’empereur Charles VI et la république de Venise étaient depuis deux ans aux prises avec l’empire ottoman : Charles VI pour les frontières de la Hongrie, la république au sujet de la Morée. Venise perdait presque toute la presqu’île grecque qu’elle avait récemment con quise, et se défendait avec quelque peine dans l’Adriatique et sur les côtes de la Dalmatie. La paix précédente avait laissé des mécontentements et donnait lieu à des difficultés d’exécution. Le pape Clément XI ne pouvait oublier qu’on avait disposé sans son aveu de la Sicile et de la Sardaigne, qu’il regardait toujours comme fiefs du saint-siège; il était engagé dans une lutte très-vive avec le nouveau roi de Sicile, Victor-Amédée, au sujet des limites des deux puissances; enfin les Siciliens, après avoir vu Victor-Amé déc quitter Palerme, ne faisaient pas de différence entre ce maître italien et un maître étranger, et les Sardes trouvaient les Allemands plus rapaces encore que les Espagnols.

Tout à coup, en août 1717, le cardinal Albéroni jette sur les côtes de la Sardaigne une flotte rassemblée sous prétexte de secourir Venise contre les Turcs, et s’empare

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