‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 216 sur 338 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

rlc l’île en moins de deux mois ; l’année suivante, encouragé par ce premier succès, il envoie une autre flotte en Sicile devant Palerme pour maintenir, disait-il, les privilèges de l’ile violés par le duc de Savoie : il soulève Palerme, Gatane, et prend dans Messine le vice-roi de Victor- Amédée. L’empereur, effrayé, se hâta de conclure avec la Porte ottomane la paix de Passarovitz, dont Venise, son alliée, fit les frais par l’abandon de la Morée (1718), et se plaignit de l’agression d’Albcroni devant les puissances signataires du traité d’Utrecht. Ce fut une occasion pour la triple alliance de la France, de l’Angleterre, de l’Autriche, de river les fers de la péninsule.

Les Espagnols furent sommés de vider les deux îles, qui devinrent l’objet d’un échange entre l’empereur Charles VI et Victor-Amédée; l’Autriche réunit les deux parties du royaume des Deux-Siciles, en deçà et au delà du phare, pour pouvoir défendre plus aisément l’ile sitôt tombée au pouvoir des Espagnols. Victor-Amédée II échangea le titre de roi de Sicile contre celui de Sardaigne, qu’il était aussi plus à même de garder contre les attaques du dehors. Les Espagnols cédèrent devant les flottes et les armées de la ligue. Après la reprise de Messine héroïquement défendue, le reste de l’ile fit sa soumission sur de vagues promesses, et le traité de la quadruple alliance reçut sa pleine exécution par la chute d’Alhéroni, en 1720. Palerme fut surveillée par une forte citadelle élevée sur une hauteur voisine. Victor-Amédée II reçut, selon la forme traditionnelle, devant les chefs des trois ordres, le domaine de l’île de Sardaigne, et jurale maintien de ses libertés et privilèges. L’empereur nomma un vice-roi en Sicile , comme il nomma un gouverneur à Milan, un vice-roi à Naples ; et l’entreprise d’Albéroni n’eut d’autre résultat que d’affermir la domination autrichienne en Italie et d’affaiblir le nouveau royaume italien, par un échange évidemment désavantageux pour les intérêts de toute la péninsule, mais non pour ceux de la maison de Savoie.

La succession de l’Espagne en Italie était à peine définitivement réglée, que celles du duché de Parme et Plaisance

et du grand-duché de Toscane excitèrent les convoitises et les intrigues. Les Farnèse et les Médicis approchaient do leur fin, et le temps était aux guerres de succession.

* François, duc de Parme, n’avait pour héritier qu’un frère, Antoine, âgé de quarante-cinq ans, monstrueusement obèse, qui ne promettait ni longue vie ni postérité, et une fille, Elisabeth, mariée au roi d’Espagne, Philippe V. Le duché devait revenir à Élisabeth, cela ne faisait pas un doute, et l’empereur d’Allemagne était prêt à reconnaître les droits de don Carlos, un de ses fils; seulement, pour contenir les Bourbons, qui rentraient ainsi indirectement en Italie, il prétendait recevoir de don Carlos l’hommage féodal depuis longtemps prêté au pape, et cette prétention blessait à la fois le roi d’Espagne et le saint-siège.

La succession de Toscane était encore plus litigieuse. Jean Gaston, successeur de Cosme III, en 1723, était assez âgé, séparé de sa femme et sans enfants. Deux héritiers se présentaient: une sœur de Gaston, mais tout à fait étrangère, mariée à l’électeur palatin, d’ailleurs sans protection, et la même Elisabeth Farnèse, qui comptait moins sur sa parenté assez éloignée avec les Médicis que sur l’appui de l’Espagne. Mais ces deux titres étaient contestables; le duché de Toscane, selon les termes do la concession, n’avait été donné aux Médicis que de mâle en mâle, et dans Florence, qui croyait revenir bientôt légitimement à son ancienne indépendance, les uns songeaient à rétablir la république, les autres voulaient au moins choisir leur nouveau maître.

Les puissances, qui avaient l’habitude de disposer de l’Italie comme d’une propriété, n’admettaient naturellement point cette prétention de la Toscane à l’indépendance; mais, d’accord en cela, l’Autriche et l’Espagne l’étaient moins sur la prise de possession : Philippe V voulait faire succéder à Gaston, en vertu de son propre droit , et en toute indépendance, un des fils de sa femme, le même don Carlos à qui Parme et Plaisance étaient déjà destinées. L’empereur, qui revendiquait aussi la suzeraineté sur le grand-duché, ne consentait à y souffrir un Bourbon qu’a-

Page 1