LIVRE XIV
vec le frein féodal de l’investiture. La vieille rivalité de la maison de Habsbourg et de la maison de Bourbon renaissait en Italie sous une forme nouvelle ; et la Péninsule, après avoir souffert de l’Union de l’Autriche et de l’Espagne, souffrait maintenant de leur désunion. Le duc Gaston, fort indifférent entre ses prétendants, ne demandait qu’à mourir en paix et à clore sans plus de soucis la dynastie des Médicis.
Il ne le put. La mort du vieil et impotent Antoine de Parme, en 1730, mit déjà aux prises les Habsbourg et les Bourbons.
L’empereur donna ordre au gouverneur de Milan d’entrer dans le duché de Parme et Plaisance pour assurer ses droits de suzerain. Le roi d’Espagne, de son côté, envoya 6000 hommes de troupes, avec son fils don Carlos, dans la Toscane, tous deux en dépit du pape Clément XII et de Jean Gaston, qui ne voulaient point qu’on disposât de leur propriété sans leur aveu. On s’arrangea d’abord sans coup férir à leurs dépens. Don Carlos, voyant déjà Parme et Plaisance au pouvoir des Impériaux, consentit à prêter hommage pour ce duché. L’empereur, en 1732, de son côté, permit à don Carlos de débarquer à Livourne à la tête de ses six mille Espagnols, et, à un mois de distance, celui-ci reçut à Florence, comme prince héréditaire, l’hommage jusque-là prêté au dernier Médicis, et prêta, comme duc de Parme et de Plaisance, serment de fidélité à l’empire.
La question de suzeraineté dans la Toscane était encore pendante. Un événement bien éloigné, l’élection d’un roi de Pologne, ne permit pas qu’elle reçût une solution aussi pacifique. Le cardinal Fleury, ministre de Louis XV, jeté, par l’échec de son candidat, dans une guerre presque européenne, résolut d’en profiter pour soulever l’Italie contre l’Autriche. Selon la coutume, il fit briller à ses yeux l’indépendance. L’ambition d’Élisabeth et de don Carlos ne laissait pas de doute sur la coopération de l’Espagne. Le pape était mécontent ; on pouvait compter sur son assentiment. Il fallait entraîner le roi de Sardaigne: la chose ne fut pas difficile.
Deux ans auparavant, ce royaume avait changé de souverain. Victor-Àmédée II, soit par mécompte politique, soit par faiblesse domestique, avait abdiqué en faveur de son fils Charles-Emmanuel III. Le jeune souverain était ambitieux. Il fut convenu entre les alliés que don Carlos échangerait Parme et la Toscane, laissées à son frère Philippe, contre les Deux-Siciles,- dont il serait investi lui-même aux dépens de l’Autriche, et que le roi de Sardaigne, Charles- Emmanuel, s’agrandirait du Milanais en abandonnant la Savoie à la France. La Péninsule, débarrassée des Autrichiens, recouvrerait une sorte d’indépendance sous des princes étrangers, mais libres.
Au commencement de l’année 1733, on résolut d’agir; au nord, Villars et Charles-Emmanuel envahirent le Milanais et s’en emparèrent promptement sur Daun, obligé de se concentrer dans Mantoue pour y attendre des renforts. Au midi, don Carlos, après avoir chassé le duc de Modène de scs domaines, se jeta, à travers les États de l’Église, sur le royaume de Naples. Sa marche ne fut qu’un triomphe. Les Napolitains le proclamèrent solennellement roi des Deux-Siciles le 10 mai. Capoue et Gaëte, où le vice-roi voulait se défendre, capitulèrent. De Naples, l'année suivante, don Carlos, à la tête d’une flotte considérable, fit voile vers Palerme et y fut couronné avec la même facilité et la même allégresse (1734).
Mais les Autrichiens avaient, pendant ce temps, repoussé deux fois le général français et le roi de Sardaigne à Parme et à Guastalla. Charles-Emmanuel, craignant d’être enfermé entre les Bourbons d’Italie et ceux de France, traitait sous main avec la maison d’Autriche. Enfin, malgré les promesses faites par Louis XV, l’indépendance italienne n’était pas le but de la guerre ; le cardinal Fleury, qui ne voulait point donner le Milanais à Charles-Emmanuel, diminua promptement ses prétentions en Italie quand il fut certain d’obtenir quelque chose pour la France. Le traité de Vienne, qui ne parut guère, dans la péninsule, en rapport avec le succès de guerre, ne consacra rien moins que l’indépendance italienne (1735).