LIVRE XIV
L’empereur d’Allemagne laissa à don Carlos le royaume des Deux-Siciles avec les présides de Toscane ; mais il conserva le Milanais et échangea les villes de Novare et do Tortone, cédées à Charles-Emmanuel, contre celles de Parme et de Plaisance, au mépris des réclamations de Clément XII. La succession des Médicis, au grand étonnement des Toscans, fut adjugée au duc François-Étienne de Lorraine, gendre de l’empereur Charles VI, en échange de son duché héréditaire qu’il abandonnait à Stanislas Leckzinski, ex-roi de Pologne, et, après la mort de celui-ci, à la France. Ainsi un nouvel État italien, le duché de Parme et de Plaisance, périssait au profit de l’Autriche ; la considération politique du saint-siège était encore atteinte; la Toscane tombait entre les mains d’un prince autrichien. Pour toute compensation, le roi de Sardaigne obtenait deux villes ; Naples et la Sicile réunies devenaient cependant l’apanage d’un roi sinon italien, au moins national. C’était quelque chose cependant que le midi de l’Italie cessât d’appartenir en propre à l’étranger.
Cènes et la Corse ; Saint-marin (mt-USS).
L’Italie n’avait pas gagné beaucoup en dignité et en indépendance. Le roi de Sardaigne, tombé tout à fait sous l’influence autrichienne, se tint pour honoré, en 1737, d’obtenir pour épouse une sœur du grand-duc désigné, François- Étienne. Tandis que les Napolitains et les Siciliens saluaient une ère nouvelle dans un roi qui résidait chez eux, les Toscans, à la mort de Jean Gaston, virent avec douleur six mille Allemands prendre possession du grand-duché au nom de François-Etienne. La venue du grand-duc et de son épouse Marie-Thérèse, en 1737, produisit une impression semblable, moins triste encore, cependant, que leur prompt départ. Il fallait se résigner à n’avoir plus do prince résident, plus de cour, mais un simple fondé do pouvoirs.
La république de Gênes avait demandé précédemment les secours de l’Autriche contre les Corses révoltés ; elle
s’adressa maintenant au cabinet français contre un aventurier hardi, le baron Théodore de Neuhoff, qui s’était fait fort de délivrer et de défendre les insulaires. Déclaré roi par la grâce de la très-sainte Trinité et l'élection des trèsglorieux libérateurs et pèi'es de la patrie, celui-ci ne céda que devant les menaces de Louis XV et le débarquement du comte de Boissieux à la tête d’une escadre. Maillebois, successeur de Boissieux, soumit, après son départ, toute la Corse en une seule campagne, en 1739, et les Génois purent déjà prévoir la perte d’une île qu’ils ne pouvaient pas défendre.
Dans les États de l’Eglise, la même année, le cardinal Albéroni montra par une entreprise ridicule la déchéance politique du saint-siège. Le grand ministre qui avait voulu bouleverser l’équilibre européen, chargé d’une légation dans la Romagne, profita de quelques troubles intérieurs dans Saint-Marin pour surprendre la ville avec quelques sbires; il prétendait mettre fin à l’existence de cette vieille et innocente petite république. Clément XII, plus sensé? désavoua son belliqueux légat; après avoir perdu la souveraineté de Parme et de Plaisance, il dédaigna de prendre celle de Saint-Marin; et la petite république, survivant comme par dérision sur le mont Titanus, avec son conseil des Soixante , ses deux Capitaines et son Arrange populaire, put porter longtemps jusqu’au dix-neuvième siècle ce mélancolique souvenir d’une antique liberté.
Guerre de la nuceesslon d'Autriche ; le duché de Parme rétabli; le royaume (tarde agrandi (I14f-lïl§).
La mort de l’empereur Charles VI, en 1740, pouvait amener la chute de toute domination étrangère. La monarchie autrichienne, entourée d’ennemis, entre les mains d’une femme, Marie-Thérèse, semblait à la veille de périr. Tandis que chaque puissance s’apprêtait à en saisir un lambeau, la reine d’Espagne, Élisabeth, réclama Parme et Plaisance pour son fils don Philippe; Charles- Emmanuel III, le Milanais pour lui-même. L’action com-