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LIVRE XIV

binée des Bourbons d’Espagne et de Naples avec le roi de Sardaigne, sous la protection de la France, pouvait rejeter pour toujours les Autrichiens au delà des Alpes. On chercha encore à entraîner le saint-siège et Venise. C’était, disait-on, l’occasion ou jamais d’expulser totalement les étrangers de la péninsule; le cardinal Albéroni, mieux inspiré cette fois, parla d’une ligue des États italiens.

Mais, en 1740 même, était monté sur le saint-siège Benoît XIV (Lambertini) ; homme aimable et plein de bonté, il sacrifiait toute sa politique au culte des lettres, comm Benoît XIII, un de ses prédécesseurs, à ses dévotieuses pratiques, et le gouvernement vénitien était toujours décidé, depuis la paix de Passarovitz, de vivre en se faisant ou -i blier; ils répondirent à toutes les offres qu’ils n’avaient pas d’autres pensées que la prospérité de leurs peuples. On pouvait encore agir sans eux. Montemar, à la tête des troupes napolitaines et espagnoles, envahit le Parmesan, et recueillit le duc de Modène, jeté dans le parti des Bourbons par la brutalité du gouverneur de Milan, comte Traun.

Charles-Emmanuel III fit tout manquer. Il craignait autant les Bourbons que les Habsbourg dans la péninsule, et n’espérait pas obtenir des premiers le Milanais, s’il les aidait à s’emparer de la Toscane, de Parme et de Plaisance. Fidèle à la politique qu’il avait déjà suivie, il se fit marchander quelque temps pour gagner à coup sur, et, après avoir négocié avec les Bourbons, il traita tout d’un coup avec Marie-Thérèse, et s’engagea à défendre le Milanais, Parme et Plaisance, sur la promesse d’une nouvelle cession de territoire (1742). Il voulait manger l’artichaut, ainsi qu’il le disait, feuille à feuille.

Sans le roi de Sardaigne l’affranchissement de l’Italie était impossible. Charles-Emmanuel joignit ses troupes à celles des Autrichiens, dans le Parmesan et le Modenais, tandis qu’une flotte d’Angleterre alliée à l’Autriche vint se ranger devant Naples et força don Carlos à rappeler ses troupes (1743). Le prince autrichien Lobkowitz compromit ce succès par trop d’ambition; en 1744 il traversa les États de l’Église pour enlever Naples au Bourbon Charles. Forcé

de sortir de la neutralité, Charles attaqua Lobkowitz à Vclletri, le culbuta, et ramena jusquà Bologne les Autrichiens.

Dès le printemps de l’année suivante les Bourbons résolurent de pousser vivement les Autrichiens et les Piémontais. L’Espagnol don Philippe et le Français Maillebois, passant en mars 1745 sur le territoire de Gênes cette fois gagné, débouchèrent par le col de la Bocchetta dans le Montferrat, étendirent leur droite vers Parme et se joignirent aux Espagnols et aux Napolitains de Gages, qui venaient de descendre les Apennins. Le fils de Maillebois attira à lui les Autrichiens; Philippe tomba sur les Piémontais, les écrasa à Bassignano et les rejeta dans les Alpes. Les Autrichiens, menacés d’être pris entre deux armées, évacuèrent Alexandrie, Milan, et se retirèrent derrière le Mincio. Après ce succès décisif, la cour de France proposa le Milanais à Charles-Emmanuel; elle ne demanda pour don Philippe que Parme et Plaisance, pour elle-même que quelques points dans les Alpes. Mais il ne voulut rien entendre, Marie-Thérèse en profita; débarrassée en 1746 de la guerre avec la Prusse, elle pouvait disposer d’une partie de ses troupes. Elle envoya Litchtenstein avec trente mille hommes au secours des Autrichiens retranchés sur le Mincio. Devant ce déploiement de forces, don Philippe, Maillebois et Gages, avec des troupes décimées par la maladie et l’indiscipline, se perdirent par leurs discordes. A Plaisance, ils furent complètement battus, avec perte de douze mille hommes tués ou pris, et sans s’arrêter repassèrent le Yar (1746). Gênes elle-même, effrayée du compte qu’on allait lui demander, oublia que la ville était imprenable et ouvrit ses portes en stipulant à peine des conditions.

L’Italie faillit encore payer les frais de la guerre par la chute d’une de ses républiques. Les Autrichiens avaient imposé Gênes à cinquante millions, pillé sa banque, dévasté ses palais. Le doge, le sénat, le grand et le petit conseil des nobles pliaient sous le bâton autrichien, tandis qu’on s’emparait déjà des deux rivières. Mais à la suite

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