‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 220 sur 338 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

d’une rixe entre des enfants et quelques caporaux de l’armée d’occupation, le quartier populeux de Portoria se souleva tout entier, et l’émeute se répandit dans toute la ville. Le doge, les collèges des nobles , essayèrent en vain d’intervenir : femmes, enfants, vieillards, laïques, prêtres, se mirent de la partie au son des coups rapides et fiévreux du tocsin. Les Autrichiens retranchés dans les trois rues de YAqua verde lurent massacrés; un mortier, transporté à bras d’hommes sur une hauteur qui paraissait inaccessible, plongea sur les Autrichiens réunis dans la place Doria; le cordonnier Bava, le valet d’auberge Jean Carbone, conduisaient le peuple à l’attaque. En cinq jours la ville fut reprise, et Jean Carbone alla remettre les clefs des portes au doge, en le priant de les mieux garder.

Tout l’effort de la guerre se concentra sur Gênes (1747): les Autrichiens bloquèrent la ville avec une flotte anglaise ; Louis XV envoya au secours de la république des officiers français, puis le duc de Boufflers. Les intrépides Génois, avec leurs barques, se jouèrent des vaisseaux anglais sur cette mer, qui n’avait pas de secrets pour ses enfants. Boufflers se multiplia sur les fortifications ; il mourut de fatigue, et fut encore bien remplacé par le duc de Richelieu. Cette résistance héroïque, qui fit honneur à toute l’Italie, persuada à Marie-Thérèse que c’était assez de garder le Milanais. Le traité d’Aix-la-Chapelle, en 1748, termina la guerre de la succession d’Autriche en Italie.

Don Carlos fut confirmé dans la Sicile, François de Lorraine, empereur et époux de Marie-Thérèse, dans la Toscane, mais à la condition que le duché ne serait point uni à l’Autriche, et qu’un archiduc indépendant en serait bientôt investi. Marie-Thérèse garda le Milanais en cédant à Charles-Emmanuel le haut Novarais et Vigevano, et à don Philippe Parme, Plaisance et Guastalla. Huit années de guerre n’étaient cependant pas entièrement inutiles : le roi de Sardaigne s’agrandissait encore; un duché indépendant était reconstitué; une dynastie de Bourbons, adversaire naturelle de l’Autriche, s’affermissait au midi ; une sorte d indépendance était garantie à la Toscane. L'Italie

devait ces améliorations à la politique indépendante, quoique égoïste, du roi de Sardaigne, à l’initiative de ses nouveaux souverains de la maison de Bourbon , à l’héroïsme de Gênes autant qu’à l’appui de la France et de l’Espagne. C’était beaucoup pour elle, au milieu des convulsions de la première moitié du dix-huitième siècle, d’être sortie du tombeau de la monarchie espagnole, et d’avoir gagné des souverains à elle, bien qu’étrangers et imposés par l’étranger. Le premier résultat de ces changements pour la péninsule fut un commencement de régénération dont ello avait grand besoin.

Essais de régénération faits par quelque* prince*.

L’état dans lequel était l’Italie au sortir des mains agonisantes de la dynastie de Gharles-Quint avait vivement impressionné scs nouveaux souverains. Il montrait ce que peut faire, pour le malheur d’un pays, une domination étrangère, qui ne songe qu’à recueillir au jour le jour les fruits de la conquête, sans ce soucier même d’assurer ceux du lendemain.

Depuis un siècle et demi les gouverneurs du Milanais et de Naples, et, à leur exemple, les souverains indépendants, égoïstes ou oppresseurs, sauf de rares exceptions, avaient laissé se perpétuer les anciens abus ou en avaient fait naître de nouveaux. La noblesse et le clergé, particulièrement, avaient été laissés en possession de leurs vieux droits sur la chasse, la pêche, les moulins, les fours, la justice même, et étaient de vrais instruments de domination. De là la situation la plus étrange : des législations, des coutumes anciennes et contradictoires qui, remontant dans le midi aux Normands, aux Hohenstaufen, aux Angevins, ou survivant au nord dans Bologne, Florence, Pise, Sienne, aux institutions républicaines perdues, formaient un inextricable chaos où l’arbitraire trouvait merveilleusement son compte. Les franchises et les juridictions féodales et cléricales entravaient ou faussaient la justice et l’administration; les impôts n’étaient point les mêmes de

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