‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 231 sur 338 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

pereur en 1790, maria son second fils Ferdinand, à qui il laissa la Toscane, à Louise-Amélie, fille du roi de Naples. Son aîné François, qui devait bientôt lui succéder à l’empire, donna sa fille Marie-Clémentine à l’héritier présomptif du Bourbon napolitain, et épousa lui-même en secondes noces Marie-Thérèse, une autre des filles de Ferdinand IV. Enfin un autre archiduc devint duc de Modène par son mariage avec la dernière héritière de la maison d’Este. Tous ces princes autrichiens parurent encore bien plus unis par la communauté des idées que par les liens du sang. Léopold démentit souvent comme empereur ce qu’il avait fait comme grand-duc; les autres regardèrent le roi de Sardaigne, qui avait résisté à leur entraînement, comme le plus sage de tous, et ils l’imitèrent, le surpassèrent même dans ses résistances, au risque de mécontenter ceux qu’ils avaient jusque-là flattés, et de tromper les espérances qu’ils avaient fait naître.

Des mouvements excités par quelques nobles et par les bourgeois dans la Savoie, à Turin, à Milan et à Naples, au lieu d’avertir les princes, achevèrent de les effrayer. Ils se retournèrent avec impétuosité contre tout ce qu’ils avaient jusque-là favorisé, et un divorce funeste commença dans la nation. Les souverains cherchèrent leur appui dans la noblesse, entêtée des privilèges qu’ils avaient d’abord attaqués, et dans la masse de la population qu’ils avaient méprisée pour son ignorance. La partie la plus généreuse et la plus éclairée de la noblesse et de la bourgeoisie se détacha d’eux au contraire, et commença à attendre de la France sa délivrance et son salut.

Victor-Amédée III, toujours le plus résolu, proposa, dès la fin de 1791, à tous les princes italiens, de former une ligue contre leurs peuples et contre la France. Marie- Caroline, la femme du roi de Naples Ferdinand IV, fit, après un voyage à Vienne, de secrets préparatifs, et surveilla rudement dans ses États les loges des maçons, foyers d’agitation politique. Le nouveau duc de Toscane revint sur plusieurs des réformes de Léopold, tout en annonçant l’intention de rester en paix. Le pape Pie VI lança l’excom-

munication contre l’Assemblée française qui détruisait une partie des constitutions de l’Eglise; cependant, dans le livre des Droits de l’homme, tentative de transaction entre des principes ennemis, il prit parti pour la liberté contre le despotisme, fit du christianisme le fondement de tous les droits, et tenta moins d’arrêter le torrent que de le détourner au profit de la religion. Seules les républiques de Venise et de Gênes, où le patriciat était cependant identifié avec l’État, mais où étaient grandes aussi les défiances contre l’Autriche et le roi de Sardaigne, parurent, malgré leur neutralité, pencher vers la France.

Gocrrc de la République française snr les Alpes ; Insurrections des Italiens ; Bonaparte ; républiques transpadane et eispadane (119I-11M).

Telles étaient les dispositions de la péninsule lorsque la déclaration de guerre faite en 1792 par l’empereur François à la révolution française jeta l’Italie dans la lutte. L’ambassadeur français Sémonville proposa vainement à Victor-Amédée III la cession de tout ce qui serait conquis sur les Autrichiens en Lombardie. Il fut reconduit, sans être entendu, à la frontière. Victor-Amédée envoya 10 000 hommes sous Lazzari dans la Savoie et 8000 sous Gurten dans le comté de Nice, pour menacer peutêtre le territoire ennemi. La reine Marie-Caroline mit ses troupes en mouvement, et fit appareiller ses navires. La guerre commença, et l’Italie fut ainsi entraînée par ses souverains contre la révolution, dont elle pouvait peut-être attendre son indépendance.

Dès les premières hostilités éclata la division qui existait entre les souverains et leurs peuples. Dans l’armée de Sardaigne les soldats étaient fort mal disposés pour leurs officiers, de familles nobles. Les troupes du général Lazzari, attaquées par les Français dans les gorges de Mians, lâchèrent pied dès les premiers engagements ; les habitants de la Savoie coururent avec enthousiasme au-devant des troupes françaises, qui occupèrent facilement Chambéry et

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