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LIVRE XV

presque tout le reste de la province. Dans le comté de Nice, Gurten s’enfuit avec la même précipitation, et laissa le général français Anselme et l’amiral Truguet s’emparer de Nice, Villefranche et Oneille. Au midi de l’Italie, quand l’amiral Latouche vint avec une flotte française se ranger devant Naples , les francs-maçons saluèrent avec transport l’étendard de la liberté, se mirent en rapport avec les Français, et transformèrent les loges en clubs. Ferdinand fut obligé de promettre la neutralité et de reconnaître le gouvernement français. Le décret de la Convention qui réunit à la fin de l’année la Savoie et le comté de Nice à la France punit Victor-Amédée III de son initiative, en lui enlevant la partie de ses États qui lui était la moins dévouée.

Dès le début de la guerre, les maîtres de l’Italie purent se convaincre qu’ils n’auraient pas seulement contre eux les Français. L’empereur François fit descendre des Alpes dans la vallée du Pô de nouvelles troupes pour contenir le Milanais et appuyer Victor-Amédée III. Marie-Caroline, à l’intérieur, institua contre les francs-maçons une junte de conspiration qui dressa des échafauds; au dehors elle demanda une flotte anglaise dans la Méditerranée, et s’engagea à envoyer, dans la haute Italie, six mille hommes; le pape en fit autant. Il y avait une partie de la population, la plus ignorante, sur laquelle les princes pouvaient encore compter : ils n’épargnèrent rien pour la tourner contre les idées françaises et contre les classes éclairées qui les partageaient. Le caractère terrible des événements qui s’accomplissaient alors en France, en 1793, prêtait à des accusations intéressées. Elles portèrent leur fruit à Rome au commencement de cette année. L’ambassadeur français Basville, qui voulait arborer à son hôtel les armes de la république, fut assailli et assassiné par la populace romaine, au mépris du droit des gens. Les Corses, qui étaient à peine rattachés à la France, se soulevèrent aussi à l’instigation de l’Autriche et de l’Angleterre sous Pascal Paoli.

Toute l’Italie cependant ne suivit pas. Le grand-duc de

Toscane, le premier, reconnut la république française. Les deux républiques de Venise et de Gènes, sollicitées d’un côté par l’Autriche et l’Angleterre contre la France, do l’autre par des citoyens ardents partisans des idées nouvelles, gardèrent strictement la neutralité, mais sans savoir la rendre respectable par la levée d’une force militaire imposante. Dans une lutte de cette importance, c’était se livrer imprudemment au vainqueur. En 1793 les flottes du roi de Naples et celles de l’Angleterre surprirent d’abord en France Toulon, qui fut, il est vrai, bientôt repris à la fin de l’année (21 décembre). Mais l’année suivante, le général Dumas occupa le mont Cenis, le petit Saint-Bernard, et fit une tentative sur Aoste; le général Dumerbion, violant le territoire de Gênes, tourna, par les sources du Tanaro, la forteresse du Saorgio, qui tenait les Français en échec, occupa le col de Tende, et resta maître de toute la crête des Alpes, des sources de la Stura à celles de la Doria Baltes (juin 1794).

Get événement causa une grande sensation en Italie. Une conspiration eut lieu à Turin même contre le roi. En Sardaigne, le peuple demanda la réunion des États, et força le vice-roi, assiégé dans son palais, à s’enfuir. A Naples, les loges des francs-maçons s’agitèrent plus (^ue jamais. Marie-Caroline établit contre eux une junte d’inquisition avec des pouvoirs extraordinaires, et procéda avec la plus odieuse rigueur.

Les souverains de l’Italie firent de nouveaux efforts contre la France en 1795; Victor-Amédée et Ferdinand IV de Naples imposèrent les nobles, mirent à contribution les ornements des églises et ordonnèrent des levées extraordinaires de troupes. Le pape Pie VI lui-même fit sa revue des ports de la côte et visita les soldats des garnisons. Le roi de Sardaigne, cependant, avec 10 000 Autrichiens, fut battu à Gairo (15 septembre), rejeté sur la Bormida, et perdit Vado, qui assura la position de l’armée française dans la rivière de Gênes. Ferdinand de Toscane et Venise reconnurent publiquement, à la fin de l’année, la république française. Une conspiration fut tramée à Palermo

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