‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 233 sur 338 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

pour ériger la Sicile en république. La paix déjà conclue avec la France par la Prusse et l’Espagne ne fit pas encore réfléchir les princes italiens. Le roi de Sardaigne refusa des mains de la France, avec la garantie de l’Espagne, la province du Milanais, pour prix du libre passage de nos armées. Il resta fidèle à l’Autriche, ainsi que le pape et Naples, et fit ainsi de la péninsule comme le prix de la lutte.

Le Directoire pouvait maintenant porter presque toutes ses forces en Italie.

Déjà, sur ses ordres, Schérer, mal surveillé à Géva par les Piémontais, avait tourné l’aile gauche des Autrichiens à Loano, et l’avait rejetée sur Acqui (24 novembre 1795). Un des plus vieux et des plus habiles généraux de l’Autriche, Beaulieu, fut chargé de chasser les Français du sommet des Alpes et de la rivière de Gênes. Au printemps de 1796, il dirigea en personne son aile gauche sur le col de la Bochetta, établit son centre aux sources de la Bormida, et envoya à sa droite les Piémontais, commandés par Golli, sur les Alpes, occupées par les Français. Mais l’armée française d’Italie avait alors à sa tête l’homme dont le génie militaire allait pendant vingt ans éblouir et fasciner le monde, Bonaparte. En quelques jours, il enfonça le centre autrichien à Montenotte, battit la droite à Millésimo, la gauche à Dégo, acheva de séparer Golli de Beaulieu, et, s’attachant à la poursuite du premier, tandis que le second battait en retraite vers Milan, le défit encore à Mondovi, et arriva à Gherasco, à dix lieues de Turin (21 avril).

La proclamation lancée par le jeune vainqueur émut encore plus l’Italie que ses rapides succès. « Peuples d’Italie, dit-il, l’armée française vient rompre vos chaînes ; le peuple français est ami de tous les peuples : venez au-devant de lui. Vos propriétés, vos usages, votre religion, seront respectés; nous ferons la guerre en ennemis généreux et seulement aux tyrans qui vous tiennent asservis. » C’était donc la liberté, l’indépendance, que la révolution française apportait à l’Italie. Un vainqueur généreux, un compa-

triote presque, le garantissait à la péninsule. Les princes italiens, le clergé, ne furent plus capables d’arrêter la nation italienne. Elle se précipita avec enthousiasme au-devant de Bonaparte et des Français, et assura leurs rapides succès.

Les Piémontais Bonafous et Renza excitèrent à Albe un mouvement républicain , qui menaça bientôt tout le royaume, et Victor-Amédée demanda et obtint la paix par la remise des places d’Alexandrie et de Coni pendant la guerre. Bonaparte n’eut qu’à entrer dans le territoire de Parme et de Plaisance, où les Italiens remuaient déjà. Les ducs Ferdinand de Parme, Hercule de Modène, s’engagèrent, le premier à payer 2000000, à fournir des chevaux, des grains, et à envoyer 20 tableaux au musée de Paris; le second, qui s’était même enfui à Venise, à payer jusqu’à 6 000 000. Le pape et Ferdinand, ayant assez de contenir leurs peuples, se résignèrent à la défensive.

L’Autriche était isolée. Après avoir passé le Pô à Plaisance et forcé ainsi Beaulieu à abandonner la ligne du Tessin, Bonaparte lui enleva encore celle de l’Adda au rude combat de Lodi (10 mai), et resta maître de tout le Milanais jusqu’au Mincio. Les Milanais surtout accueillirent les Français comme des libérateurs. Ils se flattaient de l’espoir d’être placés à la tête de l’union italienne. Une congrégation d’État composée des partisans des idées françaises fut établie dans la ville, et une garde nationale organisée. Les 20 000 000 de francs que Bonaparte leva sur la Lombardie n’excitèrent même pas un grand murmure, si ce n’est à Pavie, où les paysans des environs, sourdement excités, pénétrèrent pour massacrer la garnison française. La ville, livrée aux soldats pendant une nuit, apprit que Bonaparte ne laisserait impunie aucune émeute.

Une nouvelle proclamation de Bonaparte publiée à Milan couvrit ce premier discord et propagea dans toute la péninsule l’enthousiasme ressenti par les Milanais. « Que les peuples soient tranquilles, disait-il ; nous sommes les amis des peuples. Rétablir le Capitole, réveiller le peuple romain après des siècles de servitude, tel sera le

Page 1