LIVRE XV
fruit de nos victoires. » Quelques villes du territoire vénitien, lasses du jeug de l’aristocratique république, invitaient elles-mêmes les Français à violer la neutralité du territoire vénitien. Bonaparte occupa Bergame, prit Brescia, culbuta Beaulieu sur le Mincio, entra dans Vérone et Legnano qui lui assuraient la ligne de l’Adige, et commença le blocus de Mantoue.
Avant de rejeter les Autrichiens au delà des Alpes, Bonaparte acheva d’embraser la péninsule. On l’appelait dans l’Êmilie, dans les États de l’Église, à Naples. Il entra à Bologne, qu’il déclara libre et républicaine, et poussa sur Livourne, occupée par une flotte britannique, une division qui s’empara des propriétés anglaises et occupa les forts. Cet encouragement suffit. Dans le duché de Moclène, Reggio, la première, se déclara indépendante et envoya des députés à Milan pour commencer à fonder avec les Transpadans l’unité italique; Massa et Carrara, la Lunigiane, suivirent son exemple; Modène enfin, entraînée par les patriotes, prononça la déchéance du duc, et Ferrare se détacha des États de l’Église pour se joindre à Bologne. Les deux souverains du Midi et du centre durent céder devant cette redoutable propagande : ils demandèrent la paix. Ferdinand retira ses troupes de la coalition et ferma ses ports aux Anglais; le pape obtint un armistice en cédant Bologne, Ferrare, la cidadelle d’Ancône, vingt et un millions, cent tableaux et cinq cents manuscrits.
Bonaparte, sûr du midi de l’Italie, put recevoir l’Autrichien Wurmser qui descendit par l’Adige au mois de juillet avec soixante mille hommes. En quelques semaines il le rejeta au delà de l’Adige, par les batailles de Lonato et de Gastiglione, le coupa du Tyrol, le mit en déroute à Bassano, près de la Brenta, et le força à s’enfermer en désespéré avec les débris de son armée dans la citadelle de Mantoue. On pouvait déjà songer à organiser la liberté en Italie.
Le général français institua à Milan un consigliodistalo, en attendant l’établissement d’une république transpadane, et mit sur pied une légion lombarde de trois mille cinq
cents hommes qui fut confiée au commandement de Lahos. En deçà du Pô, sur sa recommandation, les députés des quatre villes de Bologne, Ferrare, Modène etRcggiô, proclamèrent leur union dans la république cispadane et, pour première mesure de sûreté, décrétèrent la formation d’une légion italienne de trois mille hommes. Victor-Amédée, menacé de perdre la Sardaigne, fut obligé d’accorder aux habitants la convocation régulière des cortès et la nomination de nationaux à toutes les charges de l’État. Son successeur Charles-Emmanuel IV, monté sur le trône à la fin même de cette année si féconde en événements, se rattacha sans arrière-pensée à la politique française. La Corse attaquée, du port de Livourne, fut arrachée aux Anglais ; enfin Gênes, jusque-là dans une neutralité douteuse, embrassa ouvertement, malgré les menaces des Anglais, le parti de la France, lui donna deux millions et lui en prêta autant jusqu’à la paix générale.
Arcole, Rivoli, paix de Campo-Formto; les républiques ligurienne et cisalpine; cbule de Venise (liât). .
Un dernier effort de l’Autriche empêcha le pape et Venise de suivre l’exemple général , et ce fut pour leur malheur. Le général Alvinzi, à la fin de 1796, descendit par le Frioul pour délivrer Wurmser; Bonaparte, malgré l’infériorité du nombre et la position la plus critique, le repoussa d’abord à Arcole (15-17 nov.), puis le battit complètement à Rivoli (14 janvier 1797), enfin rejeta les débris de l’armée autrichienne au delà de la Piave, et reçut la capitulation du brave Wurmser dans Mantoue.
Pendant que Bonaparte poussait son avant-garde sur les Alpes Juliennes pour aller chercher la paix dans Vienne, Victor, à la tête d’une division, descendit au centre de l’Italie ; trois légions de l’infanterie lombarde, trois de la cispadane, en faisaient partie ; pour la première fois la parti de la révolution et celui de la tradition italienne se trouvèrent aux prises sur les bords du Senio. Les soldats du pape ne tinrent pas un instant, Victor traversa la Roma-