LIVRE XV
gnc, s'empara d’Ancône et arriva jusqu’à Tolentino où la cour pontificale demanda la paix, au prix de trente millions, de l’abandon de Bologne, de Ferrare, d’Ancône et de la Romagne (19 février).
Bans les Etats de Venise les partisans des Français se rendent maîtres du gouvernement à Bergame, Brescia et Crème, sur les provéditeurs, et y proclament la liberté. Mais le sénat retrouve quelque énergie en face de ses sujets révoltés; il arme dix mille Esclavons, quatre mille Italiens, soulève et enrégimente les sauvages paysans des montagnes, ennemis des Français et des novateurs. Le soulèvement du Tyrol et l’arrivée d’une division autrichienne sur l’Adige l’enhardissent encore. Persuadé que les Français qui marchaient sur Vienne allaient être coupés et détruits, il signe un traité secret avec l’Autriche et commence à agir. Brescia, Bergame, sont attaqués; le 15 avril, Vérone, au milieu d’un soulèvement, tombe au pouvoir des paysans et des Esclavons. Les Français surpris sont égorgés dans les rues, dans les hôpitaux, quatre cents sont jetés dans l’Adige ; ce sont les pâques Véronaises; enfin quelques jours après, le 23, un lougre française réfugié dans le port de Venise est criblé de boulets et l’équipage massacré. Le lendemain, le sénat apprit que Bonaparte avait réduit l’Autriche à signer les préliminaires de Léoben. Le sénat terrifié demanda grâce au vainqueur. « Le sang de mes frères d’armes sera vengé, » répondit Bonaparte à ses envoyés ; « je serai un Attila pour Venise ; plus d’inquisiteurs d’Etat, plus de livre d’or, votre gouvernement est décrépit! » Premières paroles de menace prononcées par la France contre l’Italie même.
L’aristocratie vénitienne ne songea qu’à sauver Venise en se sacrifiant elle-même. Le dernier doge, Louis Manin, et le sénat, renvoyèrent les Esclavons, désarmèrent les paysans et dépêchèrent au camp du général français trois députés chargés d’offrir des satisfactions et de s’entendre avec lui sur les modifications à apporter au gouvernement. Ce n’était pas une modification qui pouvait suffire au général; le grand conseil de la noblesse, au milieu de la plus vivo
effervescence, renonça à la souveraineté, déclara la constitution abolie, la noblesse privée de ses privilèges politiques, et convoqua les députés de toute la terre ferme pour aviser à l’établissement d’un gouvernement démocratique. Une municipalité provisoire, composée de citoyens de toute classe, reçut le général Baraguey-d’Hilliers avec cinq mille hommes de troupes, et livra les forts, les vaisseaux et l’argent que Bonaparte demanda comme satisfaction pour le passé et comme gage pour l’avenir.
Une réforme du gouvernement qui eût rajeuni la république, et quelques sacriffces, n’eussent pas été un grand mal pour Venise. Malgré quelques bruits alarmants répandus sur les propositions secrètes des préliminaires de Léoben, les Vénitiens espéraient en être quittes à ce prix. À Gênes une émeute qui éclata en mai contre l’aristocratie ayant été fortement réprimée, le représentant de France, Faypoult, et Bonaparte, prirent parti pour les vaincus, partisans de la France ; mais ils en tirèrent seulement l’occasion de réformer la république de Gênes et non de la détruire. L’ancien gouvernement fut aboli, la noblesse privée de ses privilèges, le livre d’or brûlé. Une constitution nouvelle, s’appliquant à tous les habitants du territoire génois, conféra à deux conseils le pouvoir législatif, à un doge et à un sénat de douze membres le pouvoir exécutif de la nouvelle république, qui prit le nom de ligurienne.
La conduite de Bonaparte à Milan inspira encore plus de confiance à Venise. Le général français n’avait cessé de rappeler aux amis de l’indépendance que leurs discordes d’autrefois avaient fait tout leur malheur, qu’il fallait s’armer et s’unir. U fit alors davantage : il engagea les Cispadans et les Transpadans à se fondre en une seule république dite cisalpine , et promit d’y adjoindre encore les pays de Mantoue, Bergame, Brescia et Crème, de sorte qu’elle eut l’Adige pour limite et quatre millions d’habitants sous sa protection. Les députés et les gardes nationales des différentes villes du Nord célébrèrent dans le lazaret de Milan la fédération des peuples italiens. Une constitution modelée sur celle que la France avait alors, avec deux conseils lé-