LIVRE XV
gislatifs et un directoire de cinq membres, fut adoptée par la nouvelle république. Bonaparte nomma lui-même les cinq directeurs : Serbelloni, Alessandri, Moscati, Paradisi, Gostabili, et les aida à organiser l’administration, l’armée et les finances.
Faire aussi du territoire de Venise une république sur le même modèle était le vœu du Directoire, Bonaparte en avait reçu l’ordre. Le vainqueur ne remplit pas les vues de son gouvernement : le traité de Gampo-Formio (17 octobre) fit reconnaître la république cisalpine, qui était son œuvre, mais il sacrifia Venise, qui fut cédée avec l’Istrie, la Dalmatie et le Frioul, à la maison d’Autriche, et l’Italie put apprendre que les bienfaits de l’étranger ont toujours quelque chose d’incomplet et d’amer. Le dernier jour de Venise fut douloureux et digne. La municipalité révolutionnaire qui avait pris le gouvernement après la chute de l’aristocratie refusa l’offre qui lui fut faite de songer à ses intérêts dans la ruine commune; elle ensevelit elle-même l’in dépendance de sa patrie et reçut les Autrichiens le 19 janvier 1798.
République* romaine, parthénopéenne et toscane; la péninsule républicaine (4 VOS).
« La liberté vous a été donnée, dit Bonaparte aux Cisalpins avant de les quitter, sans factions, sans massacre, sans révolution; sachez la conserver. Faites des lois sages et modérées, exécutez-les avec force et vigueur, remplissez vos légions de citoyens loyaux. Après tant d’années de tyrannie, vous n’auriez pu recouvrer seuls la liberté, mais bientôt vous pourrez la défendre par vous-mêmes. » En attendant, il leur laissa 20 000 hommes sous le commandement de Berthier, pour assurer leur liberté et l’influence française dans la péninsule.
Le traité de Gampo-Formio, malgré les paroles de Bonaparte, ne pouvait être qu’une trêve dans la péninsule. Il n’avait ni détruit la domination étrangère, ni fondé l’indépendance italienne, ni garanti la liberté des peuples. 11
mettait en contact sur tous les points du territoire l’indépendance nationale et l’oppression étrangère, la république et la monarchie, la France et l’Autriche. Ce fut à Rome qu’éclata l’impossibilité de la paix de Campo-Formio. Le gouvernement romain était arrivé aux derniers degrés de l’épuisement et de l’impuissance: obligé de faire face aux exigences de la France avec des finances déjà perdues, il se suicidait, taxant lui-même les prêtres, vendant les biens de mainmorte, et mettant la main jusque sur les ornements d’église. Comment après cela réprimer les jansénistes, les philosophes, les novateurs tous les jours plus nombreux et soutenus par la France? Dans une émeute, les révolutionnaires, poursuivis par les soldats du pape, se réfugièrent dans l’hôtel de l’ambassadeur français; le général Duphot voulut couvrir les insurgés de sa présence, il fut tué.
Heureux de trouver l’occasion de renverser un pouvoir dont la ténacité perpétuait l’agitation ecclésiastique en France, le Directoire demanda réparation pour le droit des gens outragé. A la tête d’une division des légions cisalpines, Berthier apparut bientôt sur le Monte-Mario, fit capituler le château Saint-Ange et entra dans la ville ; le lendemain 15 février, le peuple, réuni sur le Forum, déclara le gouvernement pontifical aboli et proclama la république romaine. En vain le pape protesta, il fut transporté dans la Toscane. Des commissaires français promulguèrent pour Rome, Ancône et les territoires romains, une constitution toute française, avec les noms romains de consuls, sénat, tribuns; et la péninsule compta un nouveau gouvernement révolutionnaire.
C’était une atteinte au traité de Gampo-Formio. L’empereur d’Allemagne et le roi de Naples reprirent les armes. L’occasion leur semblait favorable. Charles-Emmanuel, inquiété par les Liguriens et les Cisalpins, qui soutenaient les révoltés de ses États, était déjà las de sa situation nouvelle. Dans la péninsule, même républicaine, on commençait à sentir la prépondérance française autant que la liberté. Le gouvernement cisalpin ayant refusé un traité