‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 239 sur 338 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

Dans la république cisalpine il y avait encore une force nationale capable d’influer sur les événements. Lahoz laissa Macdonald sans secours rejoindre Moreau dans les Alpes cisalpines, au prix . du rude combat de la Trebbia (17 juin) ; il se jeta dans les marches du centre pour y réunir, avec les bandes, une armée italienne, entièrement indépendante , qui délivrerait successivement la péninsule des Français et des Autrichiens ; projet tout à fait désastreux. A Novi (15 août), Souvarov rejeta entièrement Moreau et l’armée française dans la rivière de Gênes ; l’Italie fut livrée à ses nouveaux vainqueurs et punie de ses hésitations et de ses faux calculs.

Après la capitulation de Garnier dans Rome et de Monnier dans Ancône, la réaction fut maîtresse d’un bout à l’autre de' l’Italie. Elle sévit avec fureur. A Milan, les Autrichiens envoyèrent une foule de prisonniers traîner les barques aux bouches du Gattaro. A Naples, la vengeance en délire parut prendre à tâche de dépeupler le royaume ; après avoir laissé les sanfédistes donner, aux dépens des jacobins, des spectables de cannibales sur la place de Naples, on procéda régulièrement; en quelques jours, cent dix personnes furent décapitées, et des plus notables, trente mille jetées dans les cachots. A Rome aussi le nombre des incarcérations fut grand et les excès de la populace nombreux. Pendant que le conclave rassemblé à Venise donnait pour successeur à Pie VI, mort au mois d’août 1799, Pie VII (Ghiaramonti), le gouvernement napolitain s’organisait provisoirement à Rome. L’empereur d’Allemagne ne cachait pas sa pensée de rester maître comme par droit de conquête du Piémont et des légations romaines; le roi de Sardaigne n’était pas plus rappelé de son île que Pie VII n’était invité à prendre possession de l’État ecclésiastique. L’empereur d’Allemagne, les deux Ferdinands de Naples et de Toscane, comme ses vassaux, se disposaient à rendre enfin complet l’asservissement de la péninsule, qui paraissait ramenée tout à coup aux changements à vue des actions et des réactions du moyen âge !

Retour de Ronaparte et de» Français ; Marengo ; traité de Lunéville; Fie VII et Ferdinand IF reataurés ; le» républiques cisalpine et ligurienne rétablies (I8M-IMIJ.

Le vainqueur d’Arcole et de Rivoli, maître de la France par le 18 brumaire, en paix avec l’empereur de Russie, sauva la péninsule de cette chute d’autant plus affreuse qu’elle suivait les plus brillantes espérances.

Au mois de mai, Mêlas s’apprêtait à passer le Var pour envahir la Provence ; Masséna, bloqué avec les dernières troupes françaises dans Gênes, allait se rendre. Tout à coup, Bonaparte descend le grand Saint-Bernard, passe avec son artillerie et ses bagages sous le feu du fort de Bard, entre dans Milan et y proclame de nouveau la république, au milieu d’une joie qui tient du délire. Mêlas ramène en toute hâte ses troupes vers le Pô, espérant encore avoir raison de cette audace. Mais Bonaparte reprend le commandement de son armée, et, dans les plaines de Marengo, le 10 juin, achève ce que le passage du Saint- Bernard avait commencé : les Français rentrent dans Gênes ; l’empereur François, frappé d’épouvante, demande un armistice pour traiter de la paix , et la France redevient encore l’arbitre des destinées italiennes.

La France de 1800 n’était plus celle des années précédentes. Le premier consul Bonaparte n’arrivait pas en Italie avec les idées et les projets de la Convention et du Directoire, et n’acceptait que sous bénéfice d’inventaire ce qui avait été fait depuis le traité de Campo-Formio. On s’en aperçut bientôt.

Le pape Pie VII, en rentrant dans Rome le 3 juillet, y reçut les offres d’amitié du vainqueur de Marengo. Dans la réorganisation de la république ligurienne et de la république cisalpine , Bonaparte ordonna de respecter les croyances religieuses du peuple italien, et s’efforça plutôt de se rattacher les hautes classes favorables à l’Autriche que de flatter les passions populaires qui avaient d’abord accueilli la France. En tout, Bonaparte paraissait prendre

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