LIVRE XV
à tâche d’opérer une transaction de principes dans la péninsule, de réconcilier par des concessions réciproques l’ancien régime et le nouveau.
L’Autriche ne se résignait pas encore à cette révolution mitigée. Elle dénonça l’armistice en novembre 1800 ; la Toscane et Naples remuèrent encore. Mais le général français Brune s’empara, sur les Autrichiens, de la ligne du Mincio et de l’Adige ; Macdonald descendit sur leurs derrières par le Splugen et les coupa de leur retraite. Pendant ce temps-là, les républicains de la Cisalpine, de la Ligurie, les exilés de Naples, entrèrent dans la Toscane, occupèrent Florence et suffirent pour maintenir le pays. La reine de Naples envoya en vain Roger Dumas à la tête de seize mille Napolitains au centre ; le général français Miollis, aidé de Pino, général des Cisalpins, battit, près de Sienne, Roger Dumas, qui se rejeta dans les États de l’Église ; et Murat, appelé par Pie Vil lui-même, les fit entrer tous dans le royaume de Naples.
Ces succès amenèrent les traités de Lunéville, de Madrid et de Florence, qui réglèrent, en 1801, le sort de la péninsule. Le pape fut réintégré dans les États de l’Église. Il dut recevoir seulement garnison française dans Ancône. Les républiques cisalpine et ligurienne furent reconnues comme par le traité de Campo-Formio. Le Roi de Naples ferma ses ports aux Anglais, céda à la France les présides et Piombino, reçut garnison dans Otrante, Brindes, et prononça une amnistie dans ses États pour tous les délits politiques. Le duc de Parme et Plaisance renonça à son duché en faveur de la France ; mais son fils reçut, en dédommagement, la Toscane, érigée en royaume d’Étrurie, aussi avec garnison française dans Livourne.
Ce n’était là ni la liberté ni l’indépendance que quelques Italiens avaient rêvées. L’Italie cependant pouvait s’estimer heureuse. Le nouveau royaume d’Étrurie était érigé en faveur d’un prince italien. Dans le royaume de Naples, un frein était mis aux vengeances du roi. Le pape, qui rentrait à Rome, paraissait animé des meilleures intentions : « Soyez bons chrétiens, et vous serez d’excellents
démocrates, » disait-il, pour accommoder la religion à l’esprit de son temps ; il commençait son pontificat en publiant une amnistie, réformait la cour de Rome et s’efl'orçait de rétablir les finances, le commerce et l’industrie. Enfin, l’Autriche se résignait à ne posséder plus que la Vénétie, et deux républiques prenaient rang parmi les États européens ; l’une surtout, formée de la plus grande partie du nord de la péninsule, comptant cinq millions d’habitants, quatre-vingts millions de revenu et quarante mille soldats, était un État respectable.
La péninsule payait ces avantages, il est vrai, en tombant en quelque sorte dans la dépendance de la France. Des garnisons françaises occupaient, en effet, tous les points importants de la côte, Otrante, Tarente, Brindcs, Ancône, Livourne. Le général français Murat installa comme un vassal le jeune Louis de Parme dans le royaume d’Étrurie. Il en devint réellement le maître, lorsque, Louis mort, le fils mineur de celui-ci, Charles-Louis, succéda sous la tutelle de sa mère.
En 1802, la république cisalpine cherchait à consolider son gouvernement. Bonaparte lui persuada d’envoyer dans la ville de Lyon, à moitié route de Paris et de Milan, une assemblée de quatre cents notables ; et sa nouvelle constitution naquit sur une terre française, sous l’inspiration des hommes d’État du consul, au milieu de troupes et de revues brillantes, en présence même du libérateur et du vainqueur. Elle fut l’image fidèle de celle que Bonaparte lui -même avait, donnée à la France. Un président et un vice-président, une consulte d’État, investis du pouvoir exécutif, un corps législatif de cent cinquante membres, un tribunal de censure chargé de la surveillance et du maintien de la constitution, formèrent les principaux ressorts du gouvernement ; trois collèges électoraux se recrutant eux-mêmes : un de grands propriétaires, un de lettrés et de clercs, un de négociants, servirent d’organes à la souveraineté publique. Enfin, on proposa la présidence de la république à Bonaparte, à défaut d’un Italien « assez accrédité, assez grand par ses services, assez dégagé de