LIVRE II
de la Sicile et de l’Afrique, et qui acclamait dans le maître de Bélisaire un souverain orthodoxe.
A voir ainsi commencer la lutte, il semblait que les Gotlis ne dussent pas tenir longtemps; ils trouvèrent cependant dans leur courage assez de ressource pour lutter dix-huit ans. A la place de Théodat, tué dans sa fuite par un Goth qui avait une injure personnelle à venger, ils élurent Vitigès. Celui-ci épousa la fille d’Amalasonthe, abandonna la Gaule ostrogothique aux Francs , afin de prévenir une autre guerre que Justinien suscitait contre lui, et, après avoir rassemblé des garnisons les plus éloignées tous les conquérants de l’Italie, il revint sur le midi par la voie Flaminienne et le pont Milvius. Bélisaire avait fait d’immenses préparatifs de défense, armé les habitants pauvres, réparé les fortifications, transformé pour la première fois le tombeau d’Adrien (plus tard le château Saint- Ange) en citadelle; il animait tout de sa présence. Vitigès établit les Goths dans sept camps fortifiés autour de Rome et livra plusieurs assauts inutiles. Pendant un an (538) les Ostrogoths s’obstinèrent à l’attaque, malgré les ravages que faisait parmi eux l’air déjà pestilentiel des environs de Rome, et Bélisaire à la défense, en dépit des Romains qui commençaient à trouver un peu dures les souffrances de la famine. C’est pendant ce siège que les Goths coupèrent les aqueducs, ces merveilleux ouvrages qui, à travers la campagne, apportaient l’eau et la vie à Rome. Enfin un secours de 4000 mercenaires, amené par la femme de Bélisaire, Antonina, découragea les Ostrogoths. Ils se mirent en retraite vers le nord.
L’arrivée de 100 000 barbares francs, qui s’annonçaient par la ruine de la grande ville de Milan, pouvait changer ics chances de la lutte; ils étaient courtisés à la fois par les Grecs et les Goths, mais leur chef, Théodebert, bat indistinctement les Goths et les Grecs, brûle les moissons, ruine toutes les villes où il entre, et se retire avec une armée décimée par la faim et par la peste, après avoir fait plus de mal àla cause de Vitigès qu’àcelledejustinien(539).
Cet ouragan passé, Bélisaire resserre peu à peu les Goths
dans Ravenne. Justinien, las de la longueur de la guerre, était prêt à abandonner aux Goths la Ligurie au delà du Pô, mais son général persiste ; il met à profit les ouvertures de quelques traîtres qui offraient de le reconnaître comme roi d’Italie, fait pénétrer des vaisseaux dans le port, des soldats dans les faubourgs, et prend possession de la ville, malgré le désespoir des femmes des Goths qui crachaient au visage de leurs maris, à la vue du petit nombre et de la petite taille des vainqueurs. Vitigès captif, le reste des Goths en garnison dans les différentes provinces d’Italie fit sa soumission, croyant tout sauver en changeant seulement de roi; mais Bélisaire leur annonça alors qu’il avait travaillé pour son maître et non pour lui-même ; et, laissant derrière lui dix généraux grecs pour achever son œuvre, il crut pouvoir aller conduire le roi des Goths aux pieds de l’empereur Justinien et lui annoncer que la péninsule faisait de nouveau partie de l’empire (540) : il n’en était pas encore ainsi.
Quelques milliers de Goths déterminés, enfermés dans Pavie, refusèrent d’obéir en apprenant qu’ils étaient trahis ; ils se donnèrent pour chef Totila, neveu du dernier roi. Celui-ci profite de la division des généraux grecs qui n’étaient occupés qu’à faire leur main, disperse 20 000 ennemis près de Faenza, reprend Naples, la Pouille, la Calabre ; et, après avoir ainsi privé Rome des blés du midi de l’Italie, il revient sur elle. Le système fiscal de l’empire appliqué de nouveau à l’Italie par Justinien, et la conduite de ses dix généraux avaient suffi déjà pour faire regretter les Goths.
Bélisaire, qui revint alors, no put empêcher Totila do forcer la porte Asinaire ; le barbare pénétra dans la ville, mit au pillage les maisons des riches citoyens, et fit démolir un tiers de ces murailles qui l’avaient si longtemps arrêté; il n’aurait pas épargné les plus beaux monuments, sans une lettre de Bélisaire. Il laissa du moins la ville presque déserte, emmena avec lui les sénateurs et les riches citoyens qu’il dissémina dans différentes forteresses de la Campanie et s’établit sur le mont Gargano (547). aisr. d’italie. 4