LIVRE II
Bélisaire prit possession de ces ruines, y jeta une faible garnison et fit relever les murailles de manière à résister à un assaut ; mais quand il descendit au midi pour enlever la Lucanie et la Campanie à Totila, il échoua faute de troupes suffisantes, et, découragé, se fit rappeler à Constantinople. Totila rentra dans Home, la fortifia cette fois, et y rappela le sénat et le peuple (549). Il passa dans la Sicile, qu’il rattacha à l’Italie, et fit attaquer par ses vaisseaux les côtes de l’Èpire. Les villes do Ravenne et d’Ancône restaient seules au pouvoir des Grecs. Totila promettait plus encore. En rétablissant le gouvernement de Théodoric, il voulait l’améliorer par l’observation de la plus rigoureuse justice. « Du temps deThéodat, disait-il, nous avions la puissance, mais la justice nous manquait. Honorons notre vertu. La fortune de la guerre suit les mœurs des combattants. » Il n’eut pas le temps de tenir ces promesses.
Il n’y avait pas cependant que des ruines au milieu de ces catastrophes. Sans doute Rome, prise et reprise, n’était plus que l’ombre d’une ville ; bien des cités participaient de sa décadence comme de ses malheurs ; la population italienne diminuait par la faim, la misère ; et les barbares de toute sorte qui arrivaient, lluges, Hérules, Goths, et bientôt Francs et Lombards, la remplaçaient peu et pas toujours avantageusement. L’agriculture, l’industrie, les arts tombaient ou se déformaient. Cependant de ces malheurs mêmes naissait une vie nouvelle. Benoît de Nursie, obligé d’abandonner devant les Goths et les Grecs la solitude de Subiaco, transportait (529) sa colonie sainte au mont Gassin, sur un roc escarpé qui domine le Liris, non loin de sa source, et il inspirait du respect même à ces conquérants passagers qui se disputaient l’Italie. Le roi Totila le visitait et se prosternait à ses pieds. Dans une disette il nourrissait du travail agricole de ses mains les pauvres de la contrée, et bientôt l’Irlandais Colomban, chassé de Gaule, vient du Nord en Italie fonder un monastère également célèbre, celui de Bobbio. Les moines combattent la barbarie sur les hauteurs et dans les plaines; et, comme l’art roman bâtit déjà de nouvelles églises avec les débris des
monuments romains, la cité nouvelle, ecclésiastique, s’élève sur les ruines des pouvoirs politiques. L’Italie aura beau passer sous d’autres dominateurs, ce caractère nouveau lui restera.