LIVRE XV
l’esprit local. » Bonaparte accepta, et nomma Melzi viceprésident.
À l’exemple des Cisalpins, la république ligurienne, celle de Lucques, remanièrent leur constitution dans le même sens. On laissa le choix du premier doge de la république ligurienne à Bonaparte. Il désigna Jérôme Durazzo, fit relever la statue d’André Doria, ancien législateur de Gênes, et en accepta une pour lui-même à Sarzane, comme pour unir les temps anciens et modernes. A Lucques, un collège de douze anziani et un gonfalonier couvrirent aussi de noms antiques des choses toutes nouvelles.
Bonaparte pouvait oser, quand la péninsule allait ainsi au-devant de lui. A la fin de 1802, il décréta la réunion définitive des six départements du Piémont au territoire français, et Victor-Emmanuel, successeur de Charles- Emmanuel, par l’abdication de celui-ci, dut se résigner à l’île de Sardaigne ; l’Italie vit sa frontière occidentale au pouvoir de la France, comme l’orientale était déjà au pouvoir de l’Autriche ; et, là où elle paraissait libre, elle n’était plus que la protégée de la France.
Cette dépendance fut loin d’être sans compensation. Avec l’influence ou la domination française s’introduisent, dans la mesure de la discrétion qu’imposait le pouvoir do Bonaparte, ces principes de liberté et d’égalité civile, vraies et légitimes conquêtes de la révolution française. Sous l’administration la plus régulière et la plus rationnelle dont eût joui depuis longtemps la péninsule, se développa une prospérité dont on avait perdu le secret. Melzi, à Milan, quoique sans ostensation, tint état de prince et ranima le luxe ; le ministre des finances améliora les revenus publics, au point que, malgré le tribut annuel qu’il fallait payer à la France, les caisses étaient pleines et les payements faciles. Une armée tout italienne s’organisa, dont les légions devaient marcher de pair avec les brigades françaises.
De beaux monuments furent les signes extérieurs do cotte renaissance. Sur l’ancien emplacement des murs du
château de Milan s’éleva le forum Bonaparte; on travailla à la cathédrale de Milan avec une telle rapidité, qu’on en fit plus dans l’espace de quelques années que depuis plusieurs siècles ; et ce chef-d’œuvre auquel ont contribué avec tant d’harmonie tous les temps et tous les styles fut enfin terminé. Les études , l’instruction publique, firent de notables progrès, mais principalement dans la pratique. L’université de Pavie fut rouverte et dotée, ainsi que les académies et collèges du Piémont. Tandis que Franconi et Alfieri finissaient, en délirant, l’un des hymnes révolutionnaires, et l’autre des imprécations contre la France, Vincent Monti, abbé et membre de l’Académie des Arcades, refléta la mobilité des événements et des impressions de l’Italie. Après avoir chanté le triomphe des Brutus , en 1797, et le retour d’Astrée, en 1798, il célébra avec la même pompe l’Alexandre et le Charlemagne moderne. Mais, comme si l’Italie devait enfanter, à chaque époque, un homme extraordinaire, ce fut alors que le célèbre Canova ressuscita les merveilles de la statuaire antique.
Création «In royaume d'Italie; lfaplea, la Toacane, I.ucquc*, «uaatalla, donnéa * dea parent* de napoléon ; Italie napoléonienne (tSM-ISOS).
La protection féconde de la France demandait cependant à être exercée avec une certaine discrétion. Si les plus raisonnables des Italiens pensaient que leur pays ne pouvait encore se régénérer et se défendre seul, il en était d’autres qui protestaient au nom de l’unité et de l’indépendance. Bonaparte les poursuivit comme des insensés, comme des amis du désordre. A Rimini, à Brescia, à Bologne, en 1803, quelques mouvements excités en faveur de la liberté contre la prépondérance française furent réprimés avec la dernière sévérité. C’étaient là au moins des symptômes dont il fallait tenir compte.
Créé empereur des Français, Napoléon Ier, sacré à Paris par le pape Pie VII (1804), ne le fit point. Le vicc-prési-