‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 242 sur 338 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

dent de la république cisalpine, Melzi et ses principaux magistrats, Marescalchi, Paradisi, Salimbeni, etc., lui offrirent la couronne des anciens rois lombards. Il accepta ce qu’il n’avait pas peu contribué à faire demander. On stipula seulement que les deux couronnes seraient distinctes, que Napoléon seul les réunirait sur sa tête, et que le royaume passerait ensuite à un enfant mâle, ou à un bis adoptif de l’empereur, pourvu qu’il fût Français ou Italien. Le 16 mai 1805, au milieu des fêtes les plus brillantes, Napoléon Ier prit lui-même, sur l’autel de Milan, sa nouvelle couronne. Les Italiens entendirent avec étonnement répéter cette vieille devise : Dieu me l’a donnée, gare à qui la touche! et, quelques jours après, le nouveau roi ouvrit en personne le corps législatif, et désigna pour viceroi son fils adoptif Eugène Beauharnais.

Ce n’était là encore qu’un changement politique, mal vu seulement de quelques républicains assez peu nombreux. Cette dépendance du royaume d’Italie n’était que temporaire. Un avenir de liberté et de puissance pouvait être assuré au nouveau royaume. Mais ce ne fut pas tout.

A Milan même, le doge de Gênes et les principaux magistrats de la république ligurienne vinrent demander à Napoléon « de réunir à l’empire cette Ligurie, premier théâtre de ses victoires ». L’empereur alla à Gênes (juin), y fut reçu avec des fêtes qui semblèrent un troisième couronnement, et forma de la république trois départements et la vingt-huitième division militaire. Lui-même, enfin, de son propre mouvement, réunit, par un décret du 21 'juillet, Parme et Plaisance à la vingt-huitième division militaire, et érigea la principauté de Piombino, réunie à la république de Lucques, en un duché qu’il donna à Pascal Bacciocchi, marié à une de ses sœurs.

« Depuis la première fois que j’ai paru dans ces con- . trées, » dit Napoléon Ier dans ses Mémoires, «j’ai toujours eu l’idée de créer indépendante et libre la nation italienne. Les réunions à l’empire des diverses parties de la péninsule n’étaient que temporaires; elles n’avaient pour but que de rompre les barrières qui séparaient les peuples, et

d’accdérer leur éducation pour opérer ensuite leur fusion : j’aurais rendu l’indépendance et l’unité à l’Italie presque entière. »Si telle était l’intention future de Napoléon 1er en faveur d’un pays qu’il aimait et dont il parlait la langue, ses actes donnaient au moins prise à de funestes interprétations.

Dans la troisième coalition formée, en 1805, par les puissances européennes contre Napoléon, à l’occasion de ces usurpations mêmes, l’Autriche tenta de profiter des fautes delà France. En massant des troupes dans les États vénitiens, elle ne manqua par d’envoyer dans le reste de la péninsule des émissaires qui promirent de Ba part la liberté. On répandit le bruit que l’indépendance de l’Italie était la base de négociations entre la Russie et l’Autriche ; que ces puissances voulaient former du Piémont, de Gênes, du Milanais, de la Vénétie, un royaume cisalpin en faveur de la maison de Savoie , maintenant expulsée de la péninsule. Mais la fascination exercée par Napoléon sur les Italiens, qui croyaient d’ailleurs la fortune de la France et celle de l’Italie étroitement liées, était encore trop grande. Le roi de Naples, Ferdinand, en accueillant au midi de l’Italie, malgré son traité de neutralité, les Anglais et les Russes, acheva de les édifier. La liberté ainsi présentée ne tenta personne. La trahison du roi de Naples et l’attaque de l’Autriche achevèrent seulement de livrer l’Italie à la France et à Napoléon.

Les Italiens contribuèrent eux-mêmes activement au résultat. Tandis que Napoléon pénétra au cœur de l’Autriche et gagna la bataille d’Austerlitz (1805), Masséna joignit à ses cinquante mille Français seize mille Italiens, pour culbuter l’archiduc Jean à Galdiero et le rejeter sur le Tagliamento. Ce fut avec une légion italienne que Gouvion-Saint- Cyr, derrière Masséna, bloqua la ville de Venise. Eugène, à la tête d’une armée lombarde, tint tête à Ferdinand de Naples et aux Anglo-Russes. Napoléon et l’Italie partagèrent les fruits de la victoire au traité de Presbourg. L’Autriche céda au royaume d’Italie Venise, avec la Dalmatie et l’Albanie, et perdit la péninsule avec la couronne du saint-

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