‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 243 sur 338 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

empire. Un ordre de Napoléon Ier, quelques jours plus tard, enleva Naples à Marie-Caroline, pour en faire don à un de ses parents.

Au commencement de janvier 1806, Joseph Bonaparte, frère de l’empereur, et Masséna, à la tête de cinquante mille hommes, se dirigèrent sur le royaume de Naples, précédés de cette formidable proclamation de l’empereur : « La dynastie de Naples a cessé de régner. » Les Anglais et les Russes s’étaient déjà rembarqués. Le roi, la reine, toute la cour, s’enfuirent à Palerme. Rien n’arrêta l’armée d’invasion; Joseph entra dans Naples le 25 février. Les villes de Gaëte, et Pescara, dans les Abruzzes, furent bloquées et bientôt réduites ; Saint-Cyr se dirigea sur Tarente, et Reynier dans la Calabre, pour poursuivre les dernières résistances. Enfin, le 30 mars, Joseph Bonaparte fut proclamé roi de Naples, et reconnu par les premiers personnages du royaume, par le chef des sanfédistes, Ruffo luimême.

Ces changements étaient très-avantageux à la péninsule. Le royaume d’Italie embrassait maintenant une étendue de vingt-huit mille lieues carrées et comptait près de sept millions d’habitants. Par Venise et l’Albanie, il était maître de la mer Adriatique et pouvait faire respecter le pavillon italien sur toutes ses côtes. Le royaume de Naples se trouvait enfin rattaché au nouveau système politique de l’Italie. Ce pays de routine despotique et féodale commença à jouir d’un gouvernement, sinon libre, au moins rationnel et régulier. Les juridictions et les privilèges féodaux furent supprimés, le Code Napoléon devint la loi du pays et remplaça ces législations multiples et informes, restes de la barbarie. La même uniformité fut établie dans les finances; les corvées, services, taxes de toutes sortes, cédèrent la place à un impôt foncier unique et sans exemptions; enfin on organisa l’instruction publique; Naples s’embellit, une voie s’ouvrit conduisant de la rue de Tolède à Capo di Monte, et les rues furent éclairées.

Dans les différents séjours que Napoléon Ier fit en Italie en 1807 et en 1808, on ne peut le nier, il s’occupa avec inté-

rêt et activité du bien-être général de la péninsule. Il assura les communications des Italiens au delà des monts par de magnifiques routes qu’il fit ouvrir à travers le Simplon, le mont Cenis, le mont Genèvre et le col de Tende. Il s’efforça de relever l’esprit militaire par l’établissement de la conscription, de hâter la fusion des peuples en les soumettant à une même administration et aux mêmes lois.

Napoléon I" usa cependant aussi de sa puissance sans ménagement pour les susceptibilités de l’Italie. Les souverains y furent à sa dévotion. Eugène, par devoir autant que par dévouement, était son premier serviteur. Le roi de Naples, Joseph, s’était pris d’affection pour son nouveau royaume et voulait y rester; mais Napoléon avait besoin de lui en Espagne, il le remplaça, en 1808, par Joachim Murat. Il disposa enfin de l’Italie comme de sa conquête et la partagea entre ses parents ou la prit pour lui-même. Parme et Plaisance furent définitivement réunis à la France ; la principauté de Lucques s’augmenta de Massa et Carrare; le prince Borghèse devint gouverneur du Piémont et de Gênes; sa femme, Pauline, sœur de l’empereur, reçut le duché reconstitué de Guastalla. La Toscane fut enfin enlevée au jeune Charles-Louis pour être réunie à la France.

Il est vrai que des bienfaits suivirent tous ces changements. En Toscane, un e junte de réorganisationintroduisit les institutions administratives et judiciaires de la France, importa des chèvres à fin duvet dans les environs de Sienne, développa l’industrie et le commerce de la paille d’Italie, des albâtres, des coraux, de la soie, établit une chambre de commerce à Livourne, ouvrit ou répara les routes d’Arezzo à Rimini, de Florence à Bologne, de Sienne à Pérouse. Mais l’Italie n’en était pas moins, elle le sentait, l’humble satellite de la France, ses souverains les vassaux de l’empereur, son territoire comme le patrimoine de famille du vainqueur.

Il y avait encore moins de liberté à espérer pour elle que d’indépendance. Despote envers les rois ses vassaux, l’empereur voulait que ceux-ci le fussent envers leurs

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