‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 244 sur 338 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

sujets. Il n’admettait aucune résistance à sa volonté, aucune garantie contre son pouvoir. L’acte du fils de la révolution, passé empereur, qui choqua le plus les Italiens, ce fut la constitution, en faveur de généraux ou d’administrateurs français, de dix-huit grands fiefs dans les royaumes de Naples, d’Italie, et les Etats de l’Église. ,

En présence de ces usurpations de fantaisie, sans prétexte et sans excuse, rien d’étonnant que le sentiment italien commençât à protester au moment même où la puissance de Napoléon et la prépondérance de la France dans la péninsule étaient à leur apogée. Dans les Calabres et dans les gorges des Apennins, les paysans, par instinct national autant que par ignorance, faisaient au roi français une guerre de partisans, redoutable, sous d’audacieux bandits soldés par des ennemis. Une opposition plus formidable au sein des villes et dans la population éclairée s’organisa dès cette époque dans la charbonnerie, entée sur les mystères de la franc-maçonnerie, que ravivait un esprit politique de liberté nationale. Mais ce fut contre le saint-siège que vinrent échouer en Italie la puissance et la popularité de Napoléon I" et de la France.

K.e gouvernement temporel du nalnt-ilége aboli -, apogée de la piilaoance Impériale en Italie; le roi de Borne (18*S- 1819).

Le pape était seul souverain libre et soustrait à l’omnipotence de Napoléon I" dans la péninsule. La liberté italienne n’avait plus d’autre asile que le Vatican. Quoique Napoléon Ier et Pie VII se fussent unis dans le concordat pour rétablir le catholicisme en France, il s’en fallait de beaucoup que leur entente fût complète. Sans compter les difficultés ecclésiastiques nées du concordat même, tout en Italie était aux deux souverains une occasion de conflit, et tous les deux mettaient de l’acrimonie, l’un dans son ambition, l’autre dans sa résistance. Pie VII n’avait cessé de réclamer les légations rattachées au royaume d’Italie. Il refusait oncore de reconnaître à Naples la nouvelle dynastie

des Bonaparte, et de fermer ses ports aux Anglais, éternels ennemis de la France. En vain Napoléon fit valoir son nouveau titre : « Votre Sainteté est souveraine de Rome, disait-il au pape, mais j’en suis l’empereur. — Le souverain pontife, répondit le pape, n’a jamais reconnu et ne reconnaît point de puissance supérieure à la sienne. Aucun empereur n’a le moindre droit sur Rome, l’empereur de Rome n’existe point. »

La péninsule prit une vive part à cette lutte du pape et de l’empereur, qui cachait encore une question d’indépendance. Le premier décret qui amena l’occupation de Rome, en 1808, par une petite armée, et la déclaration que les provinces d’Ancône, d’Urbin et de Gamerino, étaient réunies au royaume d’Italie, firent déjà une profonde impression. La conscience catholique des Italiens s’émut vivement de voir le pape comme retenu prisonnier dans le château Saint-Ange et les cardinaux enlevés, transportés, dispersés dans leurs diocèses. Mais leur patriotisme fut encore plus blessé de voir en la personne du pape le dernier prince indépendant de la péninsule frappé et dépouillé, ses soldats enrôlés dans l’armée française, ses magistrats et ses prêtres mêmes, obligés de prêter serment de fidélité.

Engagé alors dans une lutte plus terrible que jamais contre l’Europe coalisée une quatrième fois contre lui en 1809, Napoléon Ier ne pouvait guère ménager non plus le saint-siège. Le vice-roi d’Italie, attaqué par l’archiduc Ferdinand, défendait avec peine les lignes de la Brenta et de la Piave. Au midi, des vaisseaux anglais débarquaient sur différents points de la côte de Naples douze mille Siciliens, et un fils même de Ferdinand IV et de Caroline, pour rallier les forces des royalistes et des carbonari contre Murat. Pie VII, opiniâtre et opprimé, paraissait faire cause commune avec les ennemis de l’empereur. Entre Essling et Wagram, Napoléon signa (17 mai) un décret qui achevait la déchéance du pontife. « Charlemagne, mon auguste prédécesseur, « disait-il, » en concédant quelques domaines aux évêques de Rome, ne les leur avait donnés qu’à titre de fiefs, et sans que Rome cessât de faire partie de son

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