LIVRE XV
empire. » En conséquence, il réclama sur le pape la possession de ses domaines, et déclara Rome ville libre et impériale. La bulle d’excommunication préparée en réponse à ce décret par le pape, contre ceux qui porteraient atteinte aux possessions et immunités ecclésiastiques, n’eut pas le temps de paraître. Sur l’ordre de Miollis, qui occupait Rome, le pape fut enlevé dans le Quirinal, mis dans une voiture fermée et transporté, à travers la Toscane et le Piémont, à Savone, où il fut traité avec honneur et respect, mais laissé sans liberté et sans puissance. Le bruit de la victoire de Wagram et la paix qui suivit couvrirent tout. Le 17 février 1810, Napoléon put réunir à l’empire, par un décret, le territoire de Rome et de Spolète, et déclarer Rome seconde ville de l’empire. L’œuvre de Napoléon Ier en Italie brilla d’un dernier éclat.
Le beau royaume d’Italie renfermait maintenant près de onze millions d’habitants; il comptait treize régiments d’infanterie, six de cavalerie, deux d’artillerie, tous composés d’Italiens; les places de Mantoue, Venise, Peschiera, Legnano, Palma Nova, contenaient un immense matériel préparé par des Italiens. « J’ai réparé, disait Napoléon, le mal que j’avais d’abord fait aux Vénitiens à Campo-Formio et à Lunéville ; j’ai purgé aussi le centre de l’Italie des vices de l’administration des prêtres. » D’un bout à l’autre de la péninsule régnait une activité dont on était depuis longtemps désaccoutumé. Au moyen de la conscription, l’Italie était armée, des Alpes au golfe de Tarente. Murat parvint lui-même à mettre au moins trente mille hommes sur pied dans le royaume de Naples. Venise, déclarée port franc, bâtit, pour la défense de son port agrandi et de ses lagunes, les forts Malghera et Brondolo ; Grênes, aussi fortifiée de nouveau, fut augmentée d’un arsenal de construction, et entretint deux vaisseaux de soixante-quatre canons, deux frégates, quatre corvettes.
On ne pensait pas seulement à la guerre. L’arc du Simplon s’éleva à Milan; le canal de Pavie réunit le lac de Côme à l’Adriatique. A Naples, à côté des écoles nouvelles de génie et d’artillerie fut créé un jardin botanique. A
Rome, Napoléon institua un fonds pour encourager les industriels et les agriculteurs; il releva le collège de la Pro-
{jagande, sur lequel il fondait des desseins tout particuiers; il prit soin, là, comme dans toute l’Italie, de conserver les monuments précieux des arts, dont il avait disposé d’abord en faveur de la France. L’Italie dut à l’intervention de Ganova plus d’une heureuse restitution.
En se rappelant tous ces bienfaits et d’autres encore, on peut aisément croire que Napoléon s’était proposé, ainsi qu’il l’a dit, « de régénérer la grande patrie italienne. » Le nom de roi de Rome, qu’il donnait à son fils, était, il l’a assuré, un acheminement vers ces desseins. Il attendait impatiemment le moment de le mener à Rome, de le couronner roi d’Italie et de proclamer l’indépendance de la belle péninsule sous le règne du prince Eugène. On pouvait cependant voir aussi là un nouveau pas de l’empereur dans l’exécution de son rêve favori, la restauration de l’empire de Charlemagne. Tandis que l’avenir était à peine entrevu on sentait la dépendance présente. Le nom de roi de Rome donné à un enfant flattait peu les Italiens, et n’effaçait pas celui du pontife souverain. On oubliait les bienfaits, on ne voyait que la servitude.
La littérature commençait à exprimer ce malaise italien sous la domination française. Le fier et indépendant Ugo Foscolo, dans ses Tombeaux et ses tragédies, conquérait toutes les sympathies sur le mobile courtisan Monti, et, à côté de lui, Hippolyte Pindemonte exaltait dans son Ar~ minius le défenseur de l’indépendance nationale.
Bevers de Napoléon I" ; discordes des Italiens, d’Eugène et de Marat; occasion d'indépendance perdue ; restauration (*9I*-*9f*).
L’Italie, n’étant point unie tout entière et de cœur à Na poléon, ne le soutint pas énergiquement et sans arrièrepensée, quand l’heure des revers fut arrivée. En l’année 1812, le prince Eugène et Murat avaient conduit les légions italiennes à la suite de Napoléon dans la triste camhist. d’itaue. 31