‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 246 sur 338 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

pagne de Russie, et le quatrième corps de la grande ar- ' mce avait couvert de ses cadavres les champs de bataille de Moscowa et de Malojaroslavetz. Quand Eugène et Joachim, après la désastreuse retraite, revinrent enltalie(1813) pour y ramasser, sur l’ordre de l’empereur, les troupes qui devaient, avec celles de France, relever en Allemagne la gloire de Napoléon, compromise en Russie, ou au moins défendre son œuvre en deçà des Alpes , ils trouvèrent la péninsule bien changée. L’Italie avait à pleurer un grand nombre de ses enfants morts loin d’elle pour une cause qu’elle ne comprenait pas. Des vingt-sept mille hommes sortis d’Italie, Eugène n’en avait ramené que trois cent trente-trois.

Les plaintes contre la domination et l’administration françaises se manifestaient hautement. Le blocus continental, sévèrement observé dans la péninsule, imposait des gênes et des privations qui paraissaient plus dures qu’auparavant; le sentiment de l’indépendance nationale se révélait maintenant que la gloire française avait reçu une atteinte. Les anciens républicains du nord de l’Italie, les carbonari au midi, relevaient la tête ; les partisans de l’ancien régime, les nobles non ralliés, les habitants des campagnes, reprenaient courage ; lord Bentinck, ambassadeur anglais, de la Sicile où il était placé, profitait habilement de tout et exaltait les sentiments d’indépendance comme plus propres à pousser les peuples à d’énergiques déterminations. Dans une lutte suprême, où l’abnégation était peut-être de mise, les Italiens commencèrent à songer à eux-mêmes.

Malheureusement ils n’y songèrent point tous de la même façon. Ils voulaient profiter des désastres do la France pour se séparer d’elle et rejeter sa domination. Mais les uns croyaient que leur retour sous les anciens souverains, dont ils obtiendraient aisément des constitutions, serait la plus sûre garantie de leur bonheur; les autres formaient le projet de se détacher seulement de la France, mais de garder les souverains que la guerre leur avait donnés en se sauvant avec eux; un troisième parti enfin,

qui s’intitulait celui des Italiens purs, ne voulait entendre parler ni des Autrichiens, ni des Français, ni des anciens

firinces, ni des nouveaux; il formait le projet de sauver 'Italie par ses seules forces, en instituant un gouvernement tout national.

Il n’y avait guère de chance alors pour les Italiens qu’en faisant cause commune avec leurs souverains français. Mais Eugène et Murat de Naples étaient incapables de s’entendre. Le premier n’avait jamais eu confiance dans les Italiens; il les prit en défiance en voyant leurs dispositions, se serra plus que jamais aux côtés de l’empereur, et, en 1813, porta toutes ses forces françaises et italiennes sur la Piave, pour tenir en respect les Autrichiens. Murat avait ressenti parfois avec impatience le joug du maître ; il ouvrit déjà, en 1813, les oreilles aux flatteries des carbonari, qui pensèrent un instant pouvoir compter sur lui. Bentinck se fit fort de lui faire conserver sa fortune par les puissances, dans le naufrage même de celle de Napoléon.; Murat cependant crut encore de son devoir et de son intérêt de soutenir les derniers efforts de l’empereur, en 1813, et, à la fin de cette année, il partagea les périls de la campagne d’Allemagne et de la bataille de Leipsick.

Cette dernière défaite et l’invasion du territoire français dans les premiers mois de l’année 1814 détachaient entièrement l’Italie de la France. Souverains et peuples devaient maintenant songer à se pourvoir eux-mêmes. Ils défendaient encore la France en se sauvant; on y songea, mais sans résolution et surtout sans accord. Le vice-roi Eugène, quand il vit l’impossibilité de sauver l’empereur en se sacrifiant, refusa d’abandonner la péninsule avec les légions de l’Italie, comme l’ordonnait Napoléon, et annonça la résolution de défendre son royaume et son peuple contre les alliés ; mais il agit avec hésitation et sans élan ; il resta tout Français au lieu de se faire Italien ; il disgracia les généraux Zucchi et Pino, au lieu de chercher à se les attacher, et parut craindre d’exciter chez les Lombards le sentiment de l’indépendance nationale. Murat, qui se sépara plus promptement de l’empereur et traita même, au

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