LIVRE III
L’eunuque Narsès fonde l’exarchat (552-568). — Les Lombards et leur roi Alboin (568-575). — Les trente-six duchés lombards (575-584). — Autharis Théodelinde; saint Grégoire le Grand; les Lombards convertis (584-620). — Rotharis; constitution et législation des Lombards (620-652). — Décadence lombarde et byzantine ; origine du pouvoir temporel des papes. — Grégoire II et Grégoire 111; Rome ecclésiastique (652-750).
■.'eunuque Marais fonde l'exarchat (tlt-MS).
La puissance gothique en Italie avait jeté seulement avec Totila un dernier éclat. Elle avait de bien faibles racines dans la péninsule puisqu’il avait suffi d’un premier choc de l’empire byzantin pour l’ébranler. Un second choc la renversa. Le pape Virgile, organe des orthodoxes et des anciens habitants, s’adressa de nouveau à Justinien qui cette fois leur envoya un homme capable d’achever les Goths.
L’eunuque Narsès cachait une âme énergique dans un corps grêle et mutilé; il augmenta les troupes qu’on lui
1. Voy. Léo, Histoire cTIlalie, 1°’ vol.; Paul Diacre, l'historien des Lombards, et Anastase, le bibliothécaire; Grégorovius , Histoire de Rome au moyen âge, en allemand, et surtout, à partir de celte époque Ferrari, les Révolutions d'Ralie, 4 vol. in-8, Didier.
avait confiées de 5000 Lombards, 3000 Hérules, 2000 Huns et 4000 Perses, qui avaient à leur tête le neveu même de leur roi. Ce fut par le nord qu’il pénétra avec ces forces barbares en Italie en jetant des ponts de bateaux aux embouchures de la Piave, de la Brenta, de l’Adige et du Pô. Après s’être reposé à peine quelques jours dans Ravenno, il se dirige droit sur Rome. Les Goths l’attendaient entre Tagina et les sépulcres des Gaulois, sur le champ de bataille où Décius s’était autrefois dévoué pour Rome en combattant. Totila, avant l’action, fait admirer des deux armées son adresse à diriger son cheval et à manier sa lance. Plus de 6000 Goths tombent autour de lui ; il périt lui-même un des derniers, percé par la lance d’un chef gépide (552). Rome tombe au pouvoir du vainqueur. Téias, que les Goths avaient encore reconnu pour roi, est poursuivi par les vainqueurs et enfermé sur le mont Lactaire avec les siens; ils cherche à s’ouvrir un passage à travers l’armée de Narsès. Au moment où il échange son bouclier couvert déjà de douze javelines, il est percé d’un coup mortel; ses compagnons, après avoir continué le combat jusqu’au soir, capitulent (553). Aligern, son frère, assiégé dans Gumes, se défendait encore, quand plus de 80 000 Alamans conduits par deux Francs, LeutharetBuccelin, que les Goths avaient appelés, descendirent encore une fois des Alpes (554).
Narsès concentra ses troupes sur différents points fortifiés et laissa passer le torrent qui se répandit en faisant des ruines jusqu’aux extrémités de l’Italie. Aligern luimême fut tellement effrayé à la vue de ces barbares, qu’il traita avec le général de l’empire d’Orient. Heureusement cette invasion se consuma d’elle-même. Arrivés en Campanie dans la saison des vendanges, les Francs et les Alamans se livrèrent à de tels excès d’intempérance, que la dyssenterie les fit périr par milliers. Leuthar se détacha alors avec les siens du corps de Buccelin pour aller mettre ses richesses en sûreté au delà des Alpes et mourut sur les bords du lac Benacus. Narsès eut bon marché du reste sur les bords du lac Vulturne. Il disposa son armée en un vaste demi-cercle, étendant sa cavalerie, ses archers et ses