‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 253 sur 338 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

Gattolica et massacré les Napolitains. Mais le nouveau gouvernement ne reçut point favorablement les envoyés de la nouvelle junte instituée à Palerme. Toute l’île n’avait pas suivi le mouvement de la capitale. Florestan Pepe, frère du général en chef, envoyé dans l’île à la tête de cinq mille hommes, circonscrivit le mouvement dans Palerme et parvint à forcer la junte à accepter la capitulation, qui laissait au parlement de Naples, composé des députés des deux parties du royaume, à résoudre la question. Le roi de Naples ouvrit le parlement au Ier octobre, et jura de nouveau la constitution. Tout paraissait en bonne voie.

Mais il fallait compter avec la sainte alliance des souverains. Un congrès s’était réuni à Laybach pour aviser au moyen d’étouffer la révolution. Le roi Ferdinand, invité à s’y rendre, se décidait à partir, en laissant au prince royal tous les droits de la souveraineté. En son absence, le parlement napolitain, composé de gens honnêtes, mais sans énergie, prit des résolutions tardives ou mal conçues, craignant avant tout, par trop de hardiesse, d’indisposer l’Autriche, et ne se mettant point en défense contre elle. Tout à coup, le 28 janvier 1821, le roi Ferdinand adressa, du congrès de Laybach, à son peuple, une lettre menaçante. Il revenait, disait-il, avec Taide de «es magnanimes alliés, détruire un gouvernement qui lui avait été imposé par des moyens criminels, et il promettait d’octroyer bientôt, à son gré, à ses deux royaumes, des institutions stables et libérales. Le 6 février, en effet, le générai Frimont, après avoir adressé une proclamation aux Napolitains passa le Pô à la tète de quarante mille Autrichiens.

L’Italie ne pouvait rester indifférente à cette lutte. Le royaume lombard-vénitien frémissait et implorait l’appui du Piémont ; le comte Confalonieri était en correspondance active avec le prince Charles-Albert. Celui-ci s’entourait de tous les représentants de la fédération italienne , mais il hésitait. Le 1 1 janvier, il avait encore laissé sabrer, dans la salle de l’université de Turin, des rassemblements d’étudiants. Le 10 février cependant, à la nouvelle que Fri-

mont avait passé le Pô, l’insurrection éclate sur plusieurs points à la fois, à Alexandrie, à Asti, à Pignerol, aux cris de : Guerre à l’ Autriche! vive la constitution ! Les comtes Palma, Lisio et Santa Rosa, étaient à la tête du mouvement. Turin hésite d’abord, mais la citadelle est saisie par un hardi coup de main. Santa Rosa, à la tète de l’armée, entraîne la population et adresse au roi une sommation constitutionnelle ferme et respectueuse. Décidé à ne point affronter l’Autriche et à ne point trahir ses sujets, Victor- Emmanuel Ier abdique en faveur de son frère Charles-Félix, alors à Modène, et institue régent en son absence Charles- Albert, qui proclame solennellement la constitution et institue une junte provisoire. La révolution de Piémont éclatait un peu tard pour appuyer celle de Naples. Tout dépendait cependant encore des premières rencontres des Autrichiens et des Napolitains.

A Naples, le régent, malgré une lettre de son père, avait juré de se défendre ; le parlement avait accepté la guerre, mais on y était mal préparé. Les vétérans revinrent, il est vrai, sous les drapeaux; les jeunes gens, poussés par leurs mères, leurs femmes, s’armèrent. Mais i’enthousiasme ne suffisait pas. Garascosa put occuper, avec une armée sérieuse, la route de Naples entre Gaëte et les Apennins, mais il hésitait ; Guillaume Pepe avait dans les Abruzzes des miliciens pleins d’ardeur, mais mal instruits et plus mal disciplinés encore ; les fortifications étaient en mauvais état ; le régent et le ministre de la guerre Coletta n’avaient point assuré les munitions et les approvisionnements. Guillaume Pepe, voyant Frimont diriger toutes ses forces contre lui, ne voulut point l’attendre dans l’état où il était; il s’avança, le 7 mars, sur Rieti, et fut battu. Ce premier échec démoralisa complètement les miliciens : Pepe les vit s’enfuir par toutes les routes, et se rabatti t sur Salerne, en apprenant que Carascosa, sans même voit l’ennemi,, avait reculé jusqu’à San Germano.

L’échec de Rieti frappa aussi la révolution de Piémont et la conspiration lombarde. Sommé par les constitutionnels de marcher contre les Autrichiens, arrêté par les oruist. d’italie. 32

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dres de Charles-Félix, Charles-Albert, le 20 mars, nomma Santa Rosa ministre de la guerre, et passa, pendant la nuit, au camp autrichien. La confédération italienne de Milan, qui avait préparé une junte de gouvernement, une garde nationale, et n’atlendait qu’un mot de Charles- Albert pour se déclarer, ne bougea pas. Santa Rosa, resté seul responsable de la révolution piémontaise, ne voulut pas tomber sans avoir fait un effort. Pendant qu’il contenait les carabiniers royaux à Turin, il envoya les généraux Ferrero, Marzoni et Saint-Marsan, au-devant de l’armée austro-piémontaise de Bubna et la Tour à Novare. Mais, le 9 avril, l’armée constitutionnelle était en déroute, vaincue par le nombre, après avoir fait bonne contenance pendant quelques heures.

Ces denx échecs furent promptement suivis de la restauration du pouvoir absolu un moment ébranlé.

Le 24 mars, le parlement napolitain reçut l’ordre de se dissoudre et les portes de Naples furent ouvertes aux troupes autrichiennes ; Pepe et les chefs les plus compromis de la révolution prirent la fuite. Le général Roussaroll essaya en vain de prolonger la révolution dans la Sicile et y proclama la république ; il ne réussit point.

Dans le Piémont, Santa Rosa vaincu remit la citadelle de Turin à la garde nationale et congédia la garnison ; l’armée la Tour-Bubna y entra paisiblement le 18 avril, et quelques jours après Victor-Emmanuel Ier, par un nouvel acte, abdiqua sa couronne en faveur de Charles-Félix, fidèle exécuteur de la volonté des alliés. Pour contenir les populations encore frémissantes, douze mille Autrichiens occupèrent dans le Piémont Tortone, Alexandrie, Casale, Verceil ; ils y devaient rester jusqu’en 1823. Le roi de Naples Ferdinand, qui licencia son armée, demanda aussi à garder mille Autrichiens, en attendant qu’il rassemblât dix mille Suisses. Ces troupes étrangères ne devaient quitter son royaume qu’en 1827.

L’Autriche avait prouvé une fois de plus qu’eüe était la vraie maîtresse de l’Italie. Sous son égide les souverains satisfirent leurs vongeanceR. Dans le Piémont, tous ceux

qui avaient pris la tête du mouvement furent décapités; ceux qui s’étaient enfuis, exécutés en effigie. Ferdinand Ier à Naples établit une junte de censure et des conseils de guerre qui procédèrent avec une incroyable cruauté. En peu de temps il y eut jusqu’à seize mille personnes dans les prisons. On comptait encore neuf exécutions capitales en 1822. L’empereur d’Autriche fut obligé de modérer cette aveugle réaction et obtint encore une fois la destitution de Ganosa, qui avait été réintégré à la police. Le gouvernement de Milan, où il n’y avait eu que des complots sans commencement d’exécution, n’épargna cependant pas la rigueur. Un tribunal extraordinaire institué à Venise neuf mois après les événements condamna au carcere duro perpétuel dans le fort de Spielberg Gonfalonieri, à vingt ans Maroncelli, à quinze Silvio Pellico, etc. Les États de l’Église et de Modène, qui n’avaient pris aucune part au mouvement, mais où les sociétés secrètes existaient aussi, subirent le contre-coup des réactions et des vengeances.

BéMtloni MngUntei (1S1S-19SO).

Au congrès de Vérone tenu en 1823, les grandes puissances absolues prirent des résolutions propres à assurer pour longtemps l’asservissement de la péninsule. Un système rigoureux d’oppression et de répression contre toute pensée même de liberté et de changement fut appliqué des Alpes au golfe de Tarente. Le cabinet de Vienne resserra les chaînes de l’administration bureaucratique du Lombard-Vénitien, et perfectionna encore sa police tracassière. Toute initiative fut enlevée aux communes ; dans l’organisation judiciaire l’avocat lui-même devint un fonctionnaire, le plus souvent muet ou parlant à huis clos : 1 enseignement se réduisit à un apprentissage mécanique ; la littérature, méprisée, fut regardée avec défiance ou même poursuivie ; on interdit les associations d’une nature quelconque et les voyages aux hommes influents ; un espionnage présent en tous lieux, à toute heure, et suivi d’effets

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