LIVRE XVI
terribles, rendit les Lombards suspects les uns aux autres et fit prendre la politique en horreur dans les familles. Le gouvernement autrichien, au moins, admit dans le code civil la plupart des résultats de la révolution et assura aux populations un certain bien-être.
Les autres souverains y mirent moins de ménagement ; Charles-Félix rétablit la corvée, livra l’instruction primaire aux frères ignorantins, et rendit, en 1826, un décret qui interdisait l’enseignement de l’écriture et de la lecture aux enfants de parents qui ne pouvaient justifier d’un revenu de quinze cents livres. Dans le royaume de Naples le vieux Ferdinand, roi depuis 1759, et sous la jeunesse duquel avait agi Tanucci, passa ses dernières années à exercer des rigueurs qui rappelaient celles de sa femme Marie- Caroline, en 1799. L’année même de sa mort, en 1826, il instituait deux commissions militaires pour en finir plus promptement avec les crimes de haute trahison dont il se voyait sans cesse entouré. Son successeur, François I", débuta par le licenciement de la garde nationale et l’enrôlement de volontaires suisses qui arrivèrent au moment où partaient les Autrichiens.
Léopold II, duc de Toscane, et Charles-Louis, duc de Lucques, successeurs de Ferdinand et de Marie-Louise en 1824, se signalèrent seuls par des réformes opportunes.
Ce fut dans les États du pape que, par une étrange aberration, l’oppression et la répression eurent le moins de mesure. Léon XII (délia Genga), élu en 1823, n’observa point les ménagements de son prédécesseur Pie VII. La rectriction, puis l’abolition des congrégations de gouvernement ; la destruction des tribunaux de district, le rétablissement de la juridiction épiscopale sur les affaires civiles, la faculté illimitée de faire des fidéicommis, de créer des msjorats et des biens de mainmorte, l’abolition de la commission de vaccine, la restitution du droit d’asile aux églisos, le rétablissement du latin dans les tribunaux, les curies, les écoles, la persécution des juifs, furent les prémices du nouveau gouvernement.
Cette fougueuse réaction ranima les carbonari et suscita de nouvelles sociétés secrètes : les barnabisles dans les Deux-Siciles, les pelerini bianchi dans les États de l’Église. Les trois frères Cappozoli soulevèrent en 1828 les deux communes de Bosco et Montforte. Del Garetto, envoyé contre eux, les battit, fit exécuter vingt individus, en condamna à la prison quinze à perpétuité, cinquante à terme, rasa Bosco et éleva à sa place une colonne pour servir d’épouvantail à la contrée. Le gouvernement pontifical opposa aux pèlerins blancs la ligue des sanfédistes, qui avait ses chefs dans le sacré-collége, dans la noblesse et le haut clergé. La lutte d’abord sourde des deux société» dégénéra en une anarchie véritable où les brigands ne manquèrent pas de faire leur partie. AFrosinone et àFaenzale mal fut au comble. On exécuta les pèlerins blancs , témoin Targhini, et on se contenta d’emprisonner les brigands, entre autres le fameux Gasparone. Les cardinaux Pallota et Rivarola se signalèrent par leur cruauté. Le dernier, à Faenza, en un an, condamna comme carbonari trente nobles, cent cinquante-six proprietaires et négociants, deux prêtres, soixante-quatorze employés, trente-huit militaires, soivante-deux médecins, avocats, ingénieurs, etc., deux cent quarante-six ouvriers, en tout cinq cent huit personnes; deux furent exécutées, deux cents mises aux galères, plusieurs pour crime de non-révélation. L’année même où il publia le dix-neuvième jubilé, Léon XII faisait bâtir une prison d’inquisition promptement remplie. En 1828 un coup de pistolet fut tiré sur le cardinal Rivarola. Les arrestations se multiplièrent à tel point qu’il fallut transformer en prisons les vieux couvents et les vastes palais. On fit pendre cinq personnes en une fois.
Parmi les tristes époques de l’Italie, il y en a peu d’aussi douloureuses. La littérature n’est plus elle-même qu’une plainte étouffée, mais éloquente encore. En face de la réaction austro-pontificale, Manzoni, l’ancien collaborateur du Conciliateur , essaie de rappeler timidement dans les Fiancés qu’entre le seigneur et le peuple, le maître et l’esclave, le prêtre avait été souvent autrefois le charitable et coura-